
Le sourire, le
regard et la voix. Surtout cette voix grave entendue des
dizaines, des centaines de fois sur des airs populaires. Des
millions d’albums vendus depuis ses débuts à Bobino, en...
1965.
Le regard un peu perdu dans les volutes de fumée des blondes
à moitié grillées. Depuis son bureau, au dernier étage de
son pavillon particulier de Neuilly, Michel Sardou prépare sa
tournée en enfilant un nouveau costume : celui de comédien.
On connaissait le chanteur, l’acteur de ciné, de télé. L’artiste
a sauté un premier pas en juin dernier en devenant
propriétaire du théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris.
Depuis quelques semaines, il est Monsieur Jaume, personnage
principal d’une pièce de Félicien Marceau : L’Homme en
question. Lever de rideau sur le comédien qui sera dans la
région les 25, 26 et 28 avril.
– En quoi le rapport avec
le public de théâtre est-il différent ?
« D’abord, je suis satisfait des premières réactions, qui
sont bonnes. Ici, au théâtre, le public vient voir un
personnage, un acteur jouer une histoire. Au music-hall, on
est soi-même. L’écoute du public est différente. Le
silence est important. Quand on entend cette attention-là, on
sait que c’est gagné.
Avec la tournée de L’Homme en question, j’ai le temps d’assimiler
le personnage au fil des représentations, des différentes
scènes. La tournée se terminera à Paris : la pièce aura
été jouée une bonne quarantaine de fois. »
– Sardou chanteur, acteur,
aujourd’hui comédien : un artiste peut-il tout faire ?
« L’ "étiquetage", le cloisonnement, est quelque
chose de très récent chez les artistes. Voyez Meurisse,
Gabin, Bourvil, Fernandel : tous passaient facilement d’un
registre à un autre. La formation à la base est identique. L’enjeu
pour moi au théâtre est de faire oublier ma personnalité
"installée" depuis très longtemps. C’est un
défi personnel. Je sais que je suis entre le marteau et l’enclume.
Un chanteur qui monte sur les planches, forcément, il est
attendu au tournant. Pour l’instant, ma carrière de
chanteur est entre parenthèses. Je serai ravi de refaire un
disque, mais dans quelque temps. Je me suis rendu compte qu’on
ne pouvait faire les deux. Montand avait arrêté de chanter
quand il est monté sur les planches. »
– Qu’est-ce qui vous
plaît au théâtre ?
« D’abord, le texte de Marceau est original. J’aime son
théâtre assez grinçant. Le théâtre, pour moi, c’est ce
qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est un endroit de courage
et de divertissement à la fois. C’est le risque. Au
cinéma, vous pouvez vous corriger. Pas sur scène. Jouvet
disait : ’’Au cinéma on a joué. Au théâtre, on joue.’’
Le côté funambule me plaît assez. Vous vous remettez en
cause tous les soirs. Vous pouvez être en pleine forme et
oublier une réponse. Vous vous rétamez. »
– Votre fils a un rôle
dans « L’Homme en question ». C’est facile de se
partager une scène entre père et fils ?
« C’est charmant. Je me souviens de l’époque où j’avais
20 ans. Ça a un petit côté passage de flambeau qui ne me
déplaît pas. Davy est bon dans le rôle : on cherchait
quelqu’un pour jouer mon personnage quand il était tout
jeune. Voilà comment on a pensé à mon fils qui jusqu’alors
ne connaissait que les scènes américaines. »
– Qu’est-ce qui vous paraît être le plus difficile
sur scène ?
« Garder l’énergie ! Il faut être heureux de jouer. Vous
racontez l’histoire d’une vie et il faut garder cette vie
sur scène coûte que coûte, forcer le trait sans trop en
faire, être tout de suite dans l’action, être jubilatoire.
Je vous garantis que ce n’est pas simple ! »
– Quelles sont vos
références sur scène ?
« Je dirai Paul Meurisse, je dirai mon père. Parmi les
vivants : Noiret, je l’adore, Marielle, Arditi. Luccini, j’ai
une passion pour lui. Luccini qui lit Jouvet, je dis bien,
très bien. C’est un acteur prodigieux. Mais j’ai envie de
le voir dans un rôle. Il me tarde de lui proposer une pièce
dans laquelle il incarne un personnage. Le théâtre, c’est
une troupe, une histoire, une aventure. »
Interview Valérie CORMONT
« L’Homme en question »,
avec M. Sardou et B. Fossey, les 25 et 26 avril au Colisée de
Roubaix : 15 € (98,39 F) ; et le 28 avril à Anzin à partir
de 25 € (164 F). Tél. : 03 20 21 21 21.. |