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Interview : Michel Sardou change de refrain
PAR BENJAMIN CHAIX Après le chanteur, voici le comédien à Roubaix. A 55 ans, Michel Sardou vient de s’offrir un théâtre et part en tournée. « L’Homme en question » monte sur les planches.

La Voix du Nord : Dimanche 21 avril 2002.

Michel Sardou
Le sourire, le regard et la voix. Surtout cette voix grave entendue des dizaines, des centaines de fois sur des airs populaires. Des millions d’albums vendus depuis ses débuts à Bobino, en... 1965.
Le regard un peu perdu dans les volutes de fumée des blondes à moitié grillées. Depuis son bureau, au dernier étage de son pavillon particulier de Neuilly, Michel Sardou prépare sa tournée en enfilant un nouveau costume : celui de comédien. On connaissait le chanteur, l’acteur de ciné, de télé. L’artiste a sauté un premier pas en juin dernier en devenant propriétaire du théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. Depuis quelques semaines, il est Monsieur Jaume, personnage principal d’une pièce de Félicien Marceau : L’Homme en question. Lever de rideau sur le comédien qui sera dans la région les 25, 26 et 28 avril.

– En quoi le rapport avec le public de théâtre est-il différent ?
« D’abord, je suis satisfait des premières réactions, qui sont bonnes. Ici, au théâtre, le public vient voir un personnage, un acteur jouer une histoire. Au music-hall, on est soi-même. L’écoute du public est différente. Le silence est important. Quand on entend cette attention-là, on sait que c’est gagné.
Avec la tournée de L’Homme en question, j’ai le temps d’assimiler le personnage au fil des représentations, des différentes scènes. La tournée se terminera à Paris : la pièce aura été jouée une bonne quarantaine de fois. »

– Sardou chanteur, acteur, aujourd’hui comédien : un artiste peut-il tout faire ?
« L’ "étiquetage", le cloisonnement, est quelque chose de très récent chez les artistes. Voyez Meurisse, Gabin, Bourvil, Fernandel : tous passaient facilement d’un registre à un autre. La formation à la base est identique. L’enjeu pour moi au théâtre est de faire oublier ma personnalité "installée" depuis très longtemps. C’est un défi personnel. Je sais que je suis entre le marteau et l’enclume. Un chanteur qui monte sur les planches, forcément, il est attendu au tournant. Pour l’instant, ma carrière de chanteur est entre parenthèses. Je serai ravi de refaire un disque, mais dans quelque temps. Je me suis rendu compte qu’on ne pouvait faire les deux. Montand avait arrêté de chanter quand il est monté sur les planches. »

– Qu’est-ce qui vous plaît au théâtre ?
« D’abord, le texte de Marceau est original. J’aime son théâtre assez grinçant. Le théâtre, pour moi, c’est ce qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est un endroit de courage et de divertissement à la fois. C’est le risque. Au cinéma, vous pouvez vous corriger. Pas sur scène. Jouvet disait : ’’Au cinéma on a joué. Au théâtre, on joue.’’ Le côté funambule me plaît assez. Vous vous remettez en cause tous les soirs. Vous pouvez être en pleine forme et oublier une réponse. Vous vous rétamez. »

– Votre fils a un rôle dans « L’Homme en question ». C’est facile de se partager une scène entre père et fils ?
« C’est charmant. Je me souviens de l’époque où j’avais 20 ans. Ça a un petit côté passage de flambeau qui ne me déplaît pas. Davy est bon dans le rôle : on cherchait quelqu’un pour jouer mon personnage quand il était tout jeune. Voilà comment on a pensé à mon fils qui jusqu’alors ne connaissait que les scènes américaines. »


– Qu’est-ce qui vous paraît être le plus difficile sur scène ?
« Garder l’énergie ! Il faut être heureux de jouer. Vous racontez l’histoire d’une vie et il faut garder cette vie sur scène coûte que coûte, forcer le trait sans trop en faire, être tout de suite dans l’action, être jubilatoire. Je vous garantis que ce n’est pas simple ! »

– Quelles sont vos références sur scène ?
« Je dirai Paul Meurisse, je dirai mon père. Parmi les vivants : Noiret, je l’adore, Marielle, Arditi. Luccini, j’ai une passion pour lui. Luccini qui lit Jouvet, je dis bien, très bien. C’est un acteur prodigieux. Mais j’ai envie de le voir dans un rôle. Il me tarde de lui proposer une pièce dans laquelle il incarne un personnage. Le théâtre, c’est une troupe, une histoire, une aventure. »


Interview Valérie CORMONT

« L’Homme en question », avec M. Sardou et B. Fossey, les 25 et 26 avril au Colisée de Roubaix : 15 € (98,39 F) ; et le 28 avril à Anzin à partir de 25 € (164 F). Tél. : 03 20 21 21 21..

Site de La Voix du Nord : http://www.lavoixdunord.fr