La pièce de
Félicien Marceau L’homme en question fournit à Michel
Sardou l’occasion d’imposer sa nouvelle vocation d’acteur
de théâtre. Cette production est actuellement en rodage
avant Paris, où l’artiste la donnera dans son propre
théâtre, à la Porte Saint-Martin. Devant une salle
Théodore-Turrettini pleine - la représentation de mercredi a
été annulée pour que les suivantes soient plus étoffées -
le rideau s’ouvre sur un Sardou solitaire.
Ce rôle de veuf bourru va comme un gant au chanteur devenu
comédien. L’homme a forci. Il a une carrure imposante. Sa
voix porte, malgré une déperdition de volume due aux
caractéristiques de la salle. Le même inconvénient oblige
Brigitte Fossey à crier ou presque pour être entendue. Le
public n’est pas de première jeunesse et les oreilles se
tendent avec énervement.
L’humeur de Monsieur Jaume
(Michel Sardou) n’est pas non plus au beau fixe. Quand une
jolie dame blonde (Brigitte Fossey) lui dit être sa
conscience, il reste incrédule. "Je suis vous",
assure la gracieuse personne. "Ça ne saute pas aux
yeux", réplique le grognon. Rires. Il est vrai que ce
face-à-face d’un homme aigri avec son double rayonnant a
quelque chose d’ahurissant.
La mise en scène de Jean-Luc
Tardieu, dans un décor très élégant de Roberto Plate,
compte pour beaucoup dans l’attrait du spectacle. Des cadres
dorés gigognes inscrivent l’action dans autant de tableaux.
Les entrées et les sorties s’y déroulent tout en douceur,
grâce à des tapis roulants. Plusieurs rôles secondaires,
aussi pittoresques que plaisamment joués, égaient la
soirée.
Populo parigot
Car Madame sa conscience incite
son interlocuteur à revenir sur certains épisodes de son
passé. Ces retours en arrière introduisent de la comédie
pure dans une œuvre aux prétentions plus ambitieuses.
Celles-ci ne sont guère atteintes, même dans les dialogues
les plus sérieux du texte de Félicien Marceau. Les
comédiens ne sont pas en cause. Sardou assure, dans son
nouvel emploi. Sa forte présence et son parler à la Gabin,
genre populo parigot, passent bien. Brigitte Fossey, entre la
fraîcheur radieuse et le rembrunissement toujours passager,
est charmante.
C’est la pièce qui risque de
ne pas faire le poids. Pas en tournée comme aujourd’hui - l’accueil
sur quelques soirs est chaleureux - mais à l’épreuve des
représentations parisiennes dans un grand théâtre qu’il
faudra remplir soir après soir. D’autant que Michel Sardou
le sait bien, il ne saurait compter seulement sur le public de
ses concerts. Ce n’est pas le bout de chansonnette entonnée
par Monsieur Jaume qui rassasiera des fans de la Maladie d’amour.
B. C.
"L’homme en
question" au BFM jusqu’au 21 avril. |