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Michel Sardou assure en acteur de théâtre
PAR BENJAMIN CHAIX «L'homme en question» fait bonne impression au BFM.

La Tribune de Genève : Samedi 20 avril 2002.


La pièce de Félicien Marceau L’homme en question fournit à Michel Sardou l’occasion d’imposer sa nouvelle vocation d’acteur de théâtre. Cette production est actuellement en rodage avant Paris, où l’artiste la donnera dans son propre théâtre, à la Porte Saint-Martin. Devant une salle Théodore-Turrettini pleine - la représentation de mercredi a été annulée pour que les suivantes soient plus étoffées - le rideau s’ouvre sur un Sardou solitaire.
Ce rôle de veuf bourru va comme un gant au chanteur devenu comédien. L’homme a forci. Il a une carrure imposante. Sa voix porte, malgré une déperdition de volume due aux caractéristiques de la salle. Le même inconvénient oblige Brigitte Fossey à crier ou presque pour être entendue. Le public n’est pas de première jeunesse et les oreilles se tendent avec énervement.

L’humeur de Monsieur Jaume (Michel Sardou) n’est pas non plus au beau fixe. Quand une jolie dame blonde (Brigitte Fossey) lui dit être sa conscience, il reste incrédule. "Je suis vous", assure la gracieuse personne. "Ça ne saute pas aux yeux", réplique le grognon. Rires. Il est vrai que ce face-à-face d’un homme aigri avec son double rayonnant a quelque chose d’ahurissant.

La mise en scène de Jean-Luc Tardieu, dans un décor très élégant de Roberto Plate, compte pour beaucoup dans l’attrait du spectacle. Des cadres dorés gigognes inscrivent l’action dans autant de tableaux. Les entrées et les sorties s’y déroulent tout en douceur, grâce à des tapis roulants. Plusieurs rôles secondaires, aussi pittoresques que plaisamment joués, égaient la soirée.

Populo parigot

Car Madame sa conscience incite son interlocuteur à revenir sur certains épisodes de son passé. Ces retours en arrière introduisent de la comédie pure dans une œuvre aux prétentions plus ambitieuses. Celles-ci ne sont guère atteintes, même dans les dialogues les plus sérieux du texte de Félicien Marceau. Les comédiens ne sont pas en cause. Sardou assure, dans son nouvel emploi. Sa forte présence et son parler à la Gabin, genre populo parigot, passent bien. Brigitte Fossey, entre la fraîcheur radieuse et le rembrunissement toujours passager, est charmante.

C’est la pièce qui risque de ne pas faire le poids. Pas en tournée comme aujourd’hui - l’accueil sur quelques soirs est chaleureux - mais à l’épreuve des représentations parisiennes dans un grand théâtre qu’il faudra remplir soir après soir. D’autant que Michel Sardou le sait bien, il ne saurait compter seulement sur le public de ses concerts. Ce n’est pas le bout de chansonnette entonnée par Monsieur Jaume qui rassasiera des fans de la Maladie d’amour.

B. C.

"L’homme en question" au BFM jusqu’au 21 avril.


Site de La Tribune de Genève : http://www.tdg.ch