
Michel Sardou. Une nouvelle
aventure discographique
mais toujours la même mine de chien battu - LDD
Faites le test. Déclarez à la ronde que vous aimez Michel
Sardou. Observez ensuite les regards désolés, les mines
embarrassées, les sourires en coin. Il y a 40 ans que ça dure.
Depuis Les Ricains, très exactement, un titre qui valut à
l'artiste les foudres de De Gaulle. Ça ne s'est pas arrangé dans
les années septante, avec Les villes de solitude, Je
suis pour ou Le bon temps des colonies. Récemment
encore, évoquant les 25 ans de la suppression de la peine de
mort en France par Badinter, le magazine Les Inrockuptibles
demandait: «Est-ce que Sardou est toujours pour ?»
C'est ce qu'on appelle avoir une
réputation qui colle à la peau. A ses détracteurs, le chanteur
oppose la même moue obstinée. «Si je tire la gueule, c'est aussi
par superstition», explique-t-il. Sur Français, en 2000, il
esquissait un sourire. Mauvaise pioche. Le disque n'a pas fait
un carton.
Hommage au père
On n'est donc pas très étonné de
découvrir un Sardou franchement renfrogné sur la pochette de
Hors Format, son… premier double album. En rabat de couverture,
il donne même l'impression de vouloir mordre sa guitare. La
soixantaine lumineuse, visiblement, n'est pas sa tasse de thé.
Pourtant, Sardou l'a assez
répété, il n'est «pas l'homme de ses chansons». Pas même sur ce
nouveau disque où il revisite ses thèmes favoris: l'amour, le
temps qui passe, la filiation. Des repères autobiographiques, il
y en a néanmoins quelques-uns, tels Les yeux de mon père,
en hommage à Fernand Sardou, qu'il avait déjà salué dans le
superbe Il était là, ou encore Un Motel à Keeseeme,
évocation d'une escapade américaine avec Babette, son ex-femme.
Non, ce qui a le plus changé,
c'est la présence de Daran aux côtés du chanteur bougon. Depuis
sa séparation d'avec Jacques Revaux, Sardou a fricoté avec
Fugain, comme à ses touts débuts, Jacques Veneruso ou encore
Robert Goldman (frère de qui vous savez).
Daran, c'est le petit dernier. Un
rocker. Ça peut surprendre mais la surprise s'arrêtera là. Il y
a bien quelques guitares bluesy en sus (Concorde), une
batterie plus appuyée parfois (Je ne suis pas ce que je suis),
mais on n'est pas chez Johnny.
Voix superbe
D'ailleurs, les arrangements
baroques - violons crescendo, clavier tragique et chœurs de
houris frénétiques - reprennent vite du service. On ne change
pas un «épique» qui gagne. Et là dessus, la voix, avec son
vibrato imparable, superbe de maîtrise, même si l'on observe
désormais une prononciation parfois plus humide sur certaines
syllabes.
Une fois qu'on a toutes ces
données en poche, qu'on assume son faible pour le répertoire du
gaillard, on classe sans réticence Hors Format parmi les très
bons Sardou. Fatalement, avec vingt-trois titres, il y a
quelques baisses de régime, mais des chansons comme Les jours
avec et les jours sans («J'ai moins d'avenir que de passé»),
La dernière danse ou 40 ans sont simplement
magnifiques. Alors, vraiment, c'était pas la peine de faire la
gueule…
L. C. |