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Romain Sardou, le lac de
Neuchâtel pour décor. (swissinfo) |
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Il est l'un des quelque
160 000 Français recensés vivant en Suisse. L'écriture,
la France, les élections, son père... discussion tous
azimuts.
Une terrasse ensoleillée,
au centre de Neuchâtel. Romain Sardou déboule, en
sweat-shirt et casquette de base-ball. Discret et
décontracté, le regard franc, direct.
Depuis l'affaire
Hallyday, Romain Sardou a droit aux remarques ironiques.
«Ah, toi aussi ?» Sous-entendu: «Réfugié fiscal» ? Ce
qui l'agace un peu: «Quand je me suis installé ici, je
ne gagnais pas d'argent ! Donc je ne suis vraiment pas
venu pour les impôts !»
Seul point commun avec
Hallyday: avoir été marié par le maire de Neuilly, un
certain Nicolas Sarkozy. «Oui... Cela dit, c'est parce
que j'habitais là-bas à l'époque. Ce qui m'importe,
c'est d'être marié, c'est ma femme», rigole-t-il. |
Si Romain Sardou vit à
Neuchâtel, c'est d'ailleurs parce qu'il y a suivi sa femme,
issue d'une famille italienne installée en Suisse depuis une
vingtaine d'années. «Cela l'arrangeait de rester près de ses
parents et moi, Neuchâtel me va très bien pour travailler,
pour vivre, pour tout !», dit-il.
Avant de préciser: «Je ne
fuis rien, j'étais très heureux en France, je serai très
heureux si j'y retourne, pas de problème. J'ai un métier
pratique, puisqu'on peut le faire partout du moment qu'on a
un crayon, un cahier et des idées ! Donc, quel que soit
l'hémisphère, ça va !
Le sens de l'Histoire
Car si Romain Sardou est le
fils de, c'est aussi et surtout un auteur qui, en quelques
romans, a su se faire respecter pour la force de ses écrits
et leur phénoménal succès: environ 300 000 exemplaires pour
le premier, le très médiéval «Pardonnez nos offenses»,
traduit en une quinzaine de langues, et des chiffres presque
aussi vertigineux pour les suivants, dont «Personne n'y
échappera», polar américain paru en 2006.
Le succès, une surprise ou
une évidence, quand on s'appelle Sardou ? «Je savais que mon
premier livre allait attirer la curiosité de par mon nom. Vu
le nombre de fans de mon père, je me disais bien qu'il y en
avait quelques-uns qui allaient l'acheter ! Les gens l'ont
peut-être acheté au départ pour 'de mauvaises raisons', mais
l'ont bien aimé et le bouche à oreille a fait que le livre a
pris un essor au-delà de ce qui était prévisible. Ce qui
fait plaisir», répond-il.
Tout en s'étonnant encore du
bon accueil critique dont il a bénéficié: «Je m'attendais à
me faire assassiner, du genre 'Qu'est-ce que c'est que ce
Sardou qui vient nous emmerder à sortir des bouquins !'»
Romain Sardou, un écrivain
passionné d'Histoire et doté d'un regard attentif sur la
société, qu'elle soit languedocienne et médiévale, ou
américaine et contemporaine... Comment décrirait-il le
contexte socio-historique dans lequel s'inscrit la
présidentielle 2007 ?
«Depuis 1981, il n'y a pas eu
une seule élection qui sous-tendait autant d'enjeux. Un
changement de génération de la classe politique, c'est une
chose, mais en plus se cristallisent 30 ans de déceptions,
de revirements, de fausses promesses. Il y a aussi bien à
droite qu'à gauche une envie de tourner la page»,
analyse-t-il.
«Pendant longtemps, les
Français ont refusé d'admettre que la France était partie
prenante d'une mondialisation qui allait plus vite qu'eux...
Maintenant, tout le monde voit ce changement, les choix qui
vont être faits pour cette élection sont donc capitaux.»
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De Sardou à Sardou
Flash-back seventies. Michel
Sardou conspué pour avoir chanté «Les Ricains», «Je suis
pour» ou le très ironique «Temps des colonies». Sardou
traité de facho, devant essuyer un ou l'autre coups de feu
et annuler des concerts pour menaces d'attentat à la bombe.
Romain Sardou, né en
1974, a-t-il des réminiscences des retombées de cette
période ? «On n'a pas souffert du phénomène, parce que
lui n'en a pas souffert. C'est un personnage assez
solide. Pour le démonter, il faut se lever tôt ! Ce
n'est donc pas comme s'il était rentré à la maison
accablé par ce qu'il avait pu lire ou entendre», se
souvient Romain Sardou. |
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Dans les années 70, un
visage populaire et controversé. (Trema) |
Quel imprégnation politique
Sardou père a-t-il laissé à Sardou fils ? «Il a toujours été
gaulliste. Le personnage historique, la grandeur historique
de la France. Ce qui aujourd'hui fait notre différence: il
est resté gaulliste, alors que moi, plus ça va, moins je
comprends ce que veut dire être gaulliste en 2007. Je suis
plus Européen et mondialiste convaincu qu'il ne l'est, lui.
On est les deux de droite, mais plus vraiment de la même
droite.»
Concernant la présidentielle,
si Romain Sardou a bien son candidat, il ne se passionne
guère pour l'actualité immédiate. La faute à son métier,
dit-il («on est un peu enfermé dans la bulle qu'on crée»),
mais pas seulement: «Actuellement, il n'y a que des
soubresauts. Les positions de chacun, on les connaît depuis
un petit bout de temps. Qu'est-ce qu'on apprend réellement
de neuf de chaque candidat ? Maintenant, on est dans une
phase de marketing politique».
Romain Sardou votera à
Genève. Fera-t-il la fête le 6 mai ? «Non, pas la fête,
parce que comme tous les Français, je suis très dubitatif.
Cette fois-ci, il faudra juger sur pièce. Mais j'espère que
le candidat que j'ai en tête passera». Son nom ne sera
prononcé qu'off micro.
En Suisse, ce qui frappe
Romain Sardou, c'est «les cantons, cette régionalisation
ancrée dans l'Histoire, alors que la France passe son temps
à dire qu'elle va régionaliser sans jamais le faire».
«Mais un tel système serait
inadaptable en France. Le jacobinisme, avec l'autorité
centrale, le président, c'est peu perméable. La démocratie
se fait dans les habitudes et les traditions de chaque
Etat», ajoute-t-il.
Petite séance photo au bord
du lac. Puis Romain Sardou s'en ira, peut-être pour se
replonger dans son manuscrit en cours, la suite de
«Pardonnez nos offenses». On ne le retiendra donc pas
davantage: 300.000 lecteurs pourraient nous le reprocher !
Bernard Léchot à Neuchâtel.
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Romain
Sardou |
Né en 1974, Romain Sardou
est le fils du chanteur français Michel Sardou – c'est
sa voix d'enfant que l'on entend sur le titre «Qui est
Dieu?» (1980)
Il quitte le lycée avant
le bac pour étudier l'art dramatique auprès de
Jean-Laurent Cochet notamment. En 2000, il s'installe à
Los Angeles où il écrit des scénarii de films pour
enfants.
Deux ans plus tard, il
revient en Europe et s'attaque à l'écriture de romans.
Le premier, «Pardonnez nos offenses» (2002), dont
l'intrigue se déroule au 13e siècle, se vend à 300 000
exemplaires et est traduit en une quinzaine de langues.
Suivent «L'Eclat de Dieu»
(2004) et «Personne n'y échappera» (2006), un sombre
polar américain. Il est aussi l'auteur de contes: «Une
Seconde avant Noël» et «Sauver Noël» (2006).
Il vit à Neuchâtel depuis
5 ans, avec sa femme et ses enfants, et passe chaque
année quelques mois en Floride, où vit sa mère. |
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Français
de Suisse |
Sur les 2,3 millions
d'Hexagonaux exilés, la moitié sont recensés par les
consulats, dont environ 160 000 en Suisse.
La circonscription de Genève
(6 cantons romands) compte 63 592 électeurs inscrits sur
les listes électorales consulaires sur 135 779 résidents
français recensés, tandis que celle de Zurich en
dénombre 12 856 sur 22 389 immatriculés. |
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