Comment abordez-vous cette tournée «Hors Format » ?
C'est ma dernière tournée. Cela fait
quarante ans que je suis sur la route et j'ai d'autres projets
au théâtre et au cinéma. Ce ne sont pas des adieux, je
continuerai de chanter, de faire des disques mais plus de
grandes tournées de cent quarante à cent cinquante dates.
Votre titre «Allons danser »
défraie actuellement la chronique. On y retrouverait des thèmes
de campagne de Nicolas Sarkozy. Comment réagissez-vous à cela ?
De temps en temps je me laisse
aller à des prises de position qui m'ont valu, d'ailleurs, des
légendes assez tenaces et des étiquettes assez plantées.
Contrairement à ce que les gens ont pu penser, «Allons danser »
n'a pas de rapport avec l'actualité. Ce titre, je l'ai écrit il
y a un an et demi et nous n'étions pas dans la bagarre actuelle.
Par cette chanson j'ai simplement voulu montrer le côté
répétitif des campagnes et que, quel que soit le camp, on
voudrait qu'on nous parle plus concret. C'est une prise de
position, une chanson engagée et en même temps dégagée.
Ne craignez-vous pas que votre
tournée en soit mouvementée ?
Soyons sérieux, ce ne sont que
des chansons et je ne suis pas un fléau. Cette chanson est une
position calme. Il fut un temps ou je tendais le bâton pour me
faire battre. J'étais plus jeune, et ce que j'écrivais était
moins pensé, plus brut de décoffrage. La connerie, c'est qu'en
chanson le second degré n'existe pas. Dans les années
soixante-dix c'était aussi manichéen, c'était droite gauche,
j'étais le seul chanteur de droite et la cible idéale. Je
n'incrimine personne, mais avec «Le temps des colonies », non,
je ne suis pas colonialiste. «Je suis pour » était quant à elle
une chanson engagée, tombée au mauvais moment, avec surtout un
mauvais titre. Elle devait du reste s'appeler «La loi du Talion
». Ce sont des conneries que l'on fait à vingt ans et j'en ai
pris à juste titre plein la gueule. C'est d'autant plus ridicule
que je pense que la peine de mort n'est pas dissuasive.
« Hors Format » semble être
votre album le plus intime ? Qu'en pensez-vous ?
Très souvent on me demande si mon
dernier album est un bilan. Au rythme où je fais des albums,
chacun serait alors un bulletin de santé En tout cas, je me suis
permis ici des écarts que je n'aurais pas faits sur un album
traditionnel. «L'Évangile selon Robert », carrément techno, par
exemple, fait partie de ce que j'appelle des chansons
laboratoires. Parmi elles, il y en deux auxquelles je tiens
beaucoup dans ce double disque, «Les villes hostiles », et «On
est planté », un texte qui parle des sans abris, une réalité qui
me choque terriblement.
N'êtes-vous pas tenté d'aller
vous installer, comme d'autres, hors de ce pays ?
Le hasard m'a fait naître en
France et il n'a pas mal fait les choses. Je ne vais pas me
plaindre. J'ai eu le métier que j'ai voulu, j'ai eu la vie que
j'ai voulue et des emmerdes comme tout le monde. Bref, ça n'a
pas été un chaos sauf pour la vie privée, mais ça, c'est autre
chose. J'ai une réussite magnifique et je ne vais quand même pas
me barrer, prendre l'oseille et dire merci les mecs. Non, il y a
des gens qui sont beaucoup plus malheureux que moi et je ne
quitterai pas mon pays pour mon argent.
Pourquoi avez-vous voulu
chanter «Le chant des hommes » avec Chimène Badi ?
Cela s'est fait par amitié et
parce qu'elle m'a surpris. Je l'ai connue aux Restos du coeur où
l'on chantait une chanson de Florent Pagny. Je ramais comme un
malade quand, tout à coup, j'ai entendu un avion passer
au-dessus de moi. C'était la petite.
Quant au cinéaste Olivier
Marchal ?
J'ai beaucoup d'admiration pour
lui. J'ai adoré «36 », un des rares films français que je suis
allé voir depuis «Le clan des Siciliens ». Il a tourné le clip
de «Beethoven » et l'on est devenu très amis.
Serez-vous flic ou voyou dans
son prochain film ?
Je ne suis même pas encore revenu
de ce qu'il veut me faire tourner. Je ne peux encore rien dire
mais je m'attendais à tout sauf à ça...
Michel Sardou a sorti chez
Universal, le 13 novembre dernier, « Hors Format », un double
album de 23 titres qui s'est déjà vendu à 400.000 exemplaires.
Propos recueillis par
Jean-Dominique Burtin |