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Interview : Michel Sardou vers d'autres bravos
Le mastodonte de la chanson rêve d'un succès à taille humaine, celui qu'il espère conquérir sur les planches où il campe un père exclusif dans L'Homme en question.

Pleine Vie : Octobre 2002.

Michel Sardou
– Pourquoi cette envie tenace de faire du théâtre ? Vous pourriez vous reposer sur vos lauriers...

« Ma vie serait un peu triste. Si on se dit "je n'ai plus rien à prouver", on s'enferme dans sa tour d'ivoire et, au bout d'un moment, c'est l'ennui total ! Ce qu'il y a de bien avec le théâtre, c'est qu'il vous donne des rôles qui évoluent avec votre âge, votre physique. La chanson, moins. Attaquer Je vais t'aimer à 75 ans, ça fait un peu désordre...»

– Vous avez le sentiment d'avoir tout dit en chanson ?
« J'en ai dit pas mal, quand même... Passé un certain nombre d'années, vous réécrivez les mêmes. Il faut partir en vacances ou faire autre chose.»

– Eprouviez-vous une certaine lassitude ?
« Non, mais je sentais qu'elle allait venir. Et s'il y a un métier qu'il ne faut pas faire avec lassitude, c'est le nôtre. »

– Ne redoutez-vous pas d'attirer surtout des fans du chanteur ?
« On ne peut y échapper, mais il faut le faire oublier. C'est là qu'est le défi. C'est intéressant de me voir autrement qu'en smoking au milieu d'un grand Bercy.»

– Jusqu'ici, votre parcours théâtral vous satisfait ?
« Je suis parti du principe que rien ne se faisait du jour au lendemain. Demandez à Pierre Aditi de se lancer dans la chanson, il ne commencera pas par Bercy ! Après encore quelques heures de vol, je pourrai m'attaquer à des personnages plus complexes.»

– Vous vous imaginez interpréter Molière ?
« Laissez-moi le temps d'assimiler le théâtre. J'aimerais Sganarelle dans Dom Juan, mais c'est très difficile. Se lancer tout de suite dans des rôles écrits par des géants serait très prétentieux.»

– Pourquoi avoir endossé la direction du Théâtre de la Porte Saint-Martin ? Pour en faire votre scène ?
« Ce n'est pas mon but. J'espère faire venir d'autres artistes et non me distribuer. Bien que, là, je sois mal parti, je vais faire deux pièces de suite. Après L'Homme en question, il y aura L'Emmerdeur, de Francis Veber.»

– Vous changez de domicile comme de chemise. Cette installation Porte Saint-Martin, c'est du long terme ?
« Mon principe, c'était d'acheter une maison, d'y faire un album et, une fois que l'album était écrit, de changer de maison. Le théâtre n'est pas ma maison, mais j'espère que ça durera le plus longtemps possible.»

– Comparant votre succès à celui de Fernand, votre père, vous avez déclaré : "j'aurais préféré un succès plus calme, plus humain, plus vivant"
« Parce qu'il a eu une carrière formidable. Et, surtout, la vie qu'il souhaitait... C'était un homme du Sud, calme et réservé. Il était très populaire et très aimé, sans avoir les inconvénients du star-system. Il allait boire son café où il voulait. C'est une vie réussie. Le théâtre me ramène à sa vie à lui. Ce que j'aime chez les acteurs, c'est qu'ils ont des souvenirs entre eux. Mon père passait des heures à raconter des histoires incroyables. Moi, j'avais plutôt le sentiment d'une solitude qui devenait pesante à la fin.»

– On peut donc avoir la gloire et souhaiter une cote plus modeste ?
« Les succès énormes, ça veut dire le péril tout le temps. Dans une vie d'acteur, il y a une fraternité de la corporation. Chez les chanteurs, on n'a pas ça du tout. Les 96% des gens qui chantent, je ne les connais pas.»

– Exploitez-vous, sur scène, des conseils que vous auraient donnés vos parents ?
« Mon père m'a dit une chose charmante, après m'avoir vu à l'Olympia : "Que tu fasses la gueule quand tu chantes, ce n'est pas très grave parce que ce n'est pas très gai ce que tu chantes... Mais entre-temps, souris, montre que tu es content d'être là !" Sinon, ils ne m'ont donné aucune directive. Même chose pour moi, avec mon fils. Il faut qu'il se trouve, qu'il ait sa propre personnalité.»

– Quels sont vos souvenirs d'enfance liés au théâtre ?
« Ce qui me frappait, c'est la durée des pièces. Mon père a joué une opérette, Méditerranée, onze ans au Châtelet. J'y suis entré, j'avais 7 ans, j'en suis ressorti... à 18 !»

– Vous étiez souvent dans les coulisses ?
« Quand je n'étais pas au collège, j'allais souvent voir mon père. Ce qui me plaisait beaucoup - et maintenant me fait marrer car je ronchonne un peu quand ça m'arrive ! -, c'est qu'à la sortie du théâtre, on lui demandait des autographes. Je me collais bien contre lui pour qu'on sache que j'étais son fils...»

– Vos parents seraient fiers de vous voir comédien ?
« Ma mère m'aimait tant qu'elle n'était pas vraiment impartiale... Il n'y a qu'une seule chose qui m'agaçait. Quand j'étais dans des salles énormes, elle arrivait dans les coulisses - et je l'entendais de loin parce qu'elle avait une voix qui portait - et disait : "Où est mon bébé ?". Ca m'énervait ! Et maintenant, ça me manque un peu...»

L’Homme en question
Parce qu'il aimait trop sa fille, Monsieur Jaume a tout fait pour détruire ce gendre qui avait osé la lui ravir. Un soir d'insomnie, sa conscience le rattrape et l'oblige à affronter un passé peu reluisant... Pour sa troisième prestation sur scène, Sardou poursuit son exploration du boulevard dans un rôle de père ultra-possessif. Davy, l'un de ses deux fils, incarne le personnage à vingt ans, greffant une nouvelle génération d'artistes sur l'arbre généalogique familial.
Théâtre de la Porte Saint-Martin. Réservations : 01.42.08.00.32 . Tarifs : de 11 à 43 €

Site de Pleine Vie : http://www.emapmedia.com/