
Pourquoi cette
envie tenace de faire du théâtre ? Vous
pourriez vous reposer sur vos lauriers...
« Ma vie serait un peu triste. Si on se dit
"je n'ai plus rien à prouver",
on s'enferme dans sa tour d'ivoire et, au bout
d'un moment, c'est l'ennui total ! Ce qu'il y a
de bien avec le théâtre, c'est qu'il vous donne
des rôles qui évoluent avec votre âge, votre
physique. La chanson, moins. Attaquer Je vais
t'aimer à 75 ans, ça fait un peu
désordre...» Vous avez le sentiment
d'avoir tout dit en chanson ?
« J'en ai dit pas mal, quand même... Passé un
certain nombre d'années, vous réécrivez les
mêmes. Il faut partir en vacances ou faire autre
chose.»
Eprouviez-vous une certaine lassitude ?
« Non, mais je sentais qu'elle allait venir. Et
s'il y a un métier qu'il ne faut pas faire avec
lassitude, c'est le nôtre. »
Ne
redoutez-vous pas d'attirer surtout des fans du
chanteur ?
« On ne peut y échapper, mais il faut le faire
oublier. C'est là qu'est le défi. C'est
intéressant de me voir autrement qu'en smoking
au milieu d'un grand Bercy.»
Jusqu'ici, votre parcours théâtral vous
satisfait ?
« Je suis parti du principe que rien ne se
faisait du jour au lendemain. Demandez à Pierre
Aditi de se lancer dans la chanson, il ne
commencera pas par Bercy ! Après encore quelques
heures de vol, je pourrai m'attaquer à des
personnages plus complexes.»
Vous
vous imaginez interpréter Molière ?
« Laissez-moi le temps d'assimiler le théâtre.
J'aimerais Sganarelle dans Dom Juan,
mais c'est très difficile. Se lancer tout de
suite dans des rôles écrits par des géants
serait très prétentieux.»
Pourquoi
avoir endossé la direction du Théâtre de la
Porte Saint-Martin ? Pour en faire votre scène ?
« Ce n'est pas mon but. J'espère faire venir
d'autres artistes et non me distribuer. Bien que,
là, je sois mal parti, je vais faire deux
pièces de suite. Après L'Homme en question,
il y aura L'Emmerdeur, de Francis
Veber.»
Vous
changez de domicile comme de chemise. Cette
installation Porte Saint-Martin, c'est du long
terme ?
« Mon principe, c'était d'acheter une maison,
d'y faire un album et, une fois que l'album
était écrit, de changer de maison. Le théâtre
n'est pas ma maison, mais j'espère que ça
durera le plus longtemps possible.»
Comparant votre succès à celui de Fernand,
votre père, vous avez déclaré : "j'aurais
préféré un succès plus calme, plus humain,
plus vivant"
« Parce qu'il a eu une carrière formidable. Et,
surtout, la vie qu'il souhaitait... C'était un
homme du Sud, calme et réservé. Il était très
populaire et très aimé, sans avoir les
inconvénients du star-system. Il allait boire
son café où il voulait. C'est une vie réussie.
Le théâtre me ramène à sa vie à lui. Ce que
j'aime chez les acteurs, c'est qu'ils ont des
souvenirs entre eux. Mon père passait des heures
à raconter des histoires incroyables. Moi,
j'avais plutôt le sentiment d'une solitude qui
devenait pesante à la fin.»
On peut
donc avoir la gloire et souhaiter une cote plus
modeste ?
« Les succès énormes, ça veut dire le péril
tout le temps. Dans une vie d'acteur, il y a une
fraternité de la corporation. Chez les
chanteurs, on n'a pas ça du tout. Les 96% des
gens qui chantent, je ne les connais pas.»
Exploitez-vous, sur scène, des conseils que vous
auraient donnés vos parents ?
« Mon père m'a dit une chose charmante, après
m'avoir vu à l'Olympia : "Que tu fasses
la gueule quand tu chantes, ce n'est pas très
grave parce que ce n'est pas très gai ce que tu
chantes... Mais entre-temps, souris, montre que
tu es content d'être là !" Sinon, ils
ne m'ont donné aucune directive. Même chose
pour moi, avec mon fils. Il faut qu'il se trouve,
qu'il ait sa propre personnalité.»
Quels
sont vos souvenirs d'enfance liés au théâtre ?
« Ce qui me frappait, c'est la durée des
pièces. Mon père a joué une opérette, Méditerranée,
onze ans au Châtelet. J'y suis entré, j'avais 7
ans, j'en suis ressorti... à 18 !»
Vous
étiez souvent dans les coulisses ?
« Quand je n'étais pas au collège, j'allais
souvent voir mon père. Ce qui me plaisait
beaucoup - et maintenant me fait marrer car je
ronchonne un peu quand ça m'arrive ! -, c'est
qu'à la sortie du théâtre, on lui demandait
des autographes. Je me collais bien contre lui
pour qu'on sache que j'étais son fils...»
Vos
parents seraient fiers de vous voir comédien ?
« Ma mère m'aimait tant qu'elle n'était pas
vraiment impartiale... Il n'y a qu'une seule
chose qui m'agaçait. Quand j'étais dans des
salles énormes, elle arrivait dans les coulisses
- et je l'entendais de loin parce qu'elle avait
une voix qui portait - et disait : "Où
est mon bébé ?". Ca m'énervait ! Et
maintenant, ça me manque un peu...»
LHomme
en question
Parce qu'il aimait trop sa fille,
Monsieur Jaume a tout fait pour détruire ce
gendre qui avait osé la lui ravir. Un soir
d'insomnie, sa conscience le rattrape et l'oblige
à affronter un passé peu reluisant... Pour sa
troisième prestation sur scène, Sardou poursuit
son exploration du boulevard dans un rôle de
père ultra-possessif. Davy, l'un de ses deux
fils, incarne le personnage à vingt ans,
greffant une nouvelle génération d'artistes sur
l'arbre généalogique familial.
Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Réservations : 01.42.08.00.32 . Tarifs : de 11
à 43
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