Paris Match : Vous faites
courir les foules. La France entière vous adore. Est-ce que vous
lisez les articles à votre sujet ?
Michel Sardou : Que les
journalistes écrivent ce qu'ils veulent, je m'en fiche.
Quand c'est gentil, je suis content. Mais quand c'est
mauvais, cela ne me fait rien. Cela ne me fait pas mal.
Parfois, quelques critiques sont intéressantes. Pas
toujours. De toute façon, je ne parviendrai jamais à faire
changer d'avis qui que ce soit à mon sujet.
Paris Match : Ce n'est donc
pas un sujet qui vous intéresse vraiment...
Michel Sardou : Pas vraiment.
Ma femme, en revanche, est un sujet qui m'intéresse plus.
Vous connaissez l'histoire de notre rencontre ?
Paris Match : Comme tout le
monde. Vous vous êtes connus en 1978, lors d'une soirée chez
Régine, à Deauville, puis perdus de vue et vous avez,
soudain, en 1999, eu un flash et envie de passer le reste de
votre vie avec Anne-Marie Périer.
Michel Sardou : Oui. C'est ça.
Ce fut une révélation. Comme pour Paul Claudel ou pour André
Frossard, qui ont vu Dieu dans un flash. Un matin, vers 10
heures, cela s'est imposé à moi comme une évidence. Je l'ai
contactée à son bureau, au magazine "Elle". Anne-Marie
n'était pas là. Je ne lui avais pas téléphoné depuis deux ou
trois ans. J'ai laissé un message la priant de me rappeler.
Ce qu'elle a fait, de New-York. Pour elle, il était 4 heures
du matin et elle venait de passer un coup de fil à son
journal. Je me suis entendu lui déclarer : "Est-ce que je te
fais encore de l'effet ?" J'étais inquiet. J'ignorais tout
de sa vie privée et j'ai demandé sa main. Cela s'est passé
très vite. Je l'ai déjà raconté à plusieurs reprises, mais
je ne m'en lasse pas. Et je m'en félicite encore. Et
toujours. Avec Anne-Marie, j'ai décroché la timbale en or
massif. J'ai la plus belle femme du monde, la plus gentille,
la plus douée.
Paris Match : Sans comparer
amour et amitié, depuis combien de temps connaissez-vous
Nicolas Sarkozy ?
Michel Sardou : Je l'aime
beaucoup. Je l'ai connu il y a des années et des années, au
hasard des rencontres. On s'est ensuite un peu perdus de vue
puis retrouvés. J'habitais Neuilly dont il était conseiller
municipal. Comment notre amitié est née, vraiment, je n'en
sais rien. Mais ce que je sais, c'est que Nicolas Sarkozy
est un proche qui m'est cher. Un jour, nous avons fait un
show dans un restaurant. J'étais pour Chirac. Lui pour
Balladur.
Paris Match : C'était des
idées assez voisines.
Michel Sardou : Oui, mais cela
ne nous a pas empêchés de nous engueuler jusqu'à 6 heures du
matin. Aujourd'hui, dans ma vie, à 57 ans, je peux faire le
compte des amis qui ont toujours été là et qui sont encore
là. Il y en a cinq. Pas plus. Et Nicolas fait partie de
cette poignée.
Paris Match : Qui sont les
autres ?
Michel Sardou : Des gens qu'on
ne connaît pas. Et qui sont des amis de toujours.
Paris Match : Donc, Sarkozy
devient l'homme qu'on connaît...
Michel Sardou : ... et va
devenir un homme encore plus important que ça, et j'en suis
très heureux.
Paris Match : Quelles sont
ses qualités essentielles à vos yeux ?
Michel Sardou : La loyauté, la
fidélité et la franchise. Ce qui, pour moi, est capital.
Surtout en ces moments de démagogie où chacun caresse chacun
dans le sens du poil en essayant de faire plaisir à tout le
monde.
Paris Match :
Si je comprends bien, vous
pouvez compter sur lui, mais peut-il compter sur vous ?
Michel Sardou : Oui. Je lui ai
dit qu'il pouvait, lui aussi, le moment venu, compter sur
moi.
Paris Match : A-t-il pris la
peine et le temps de venir vous écouter à l'Olympia ?
Michel Sardou : Oui. Et ça m'a
fait rire. Il est venu me voir sur scène, il y a quelques
jours, alors qu'il présentait le budget de la France à
l'Assemblée Nationale, ce qui représente quand même 289
milliards d'euros. Avant le spectacle, dans la loge de
l'Olympia, il me dit : "Je ne verrai que la première partie
car je dois être à 22h à l'Assemblée". Et, sortant de scène,
je l'ai trouvé dans ma loge, m'attendant.
Paris Match : Il avait séché
l'Assemblée pour vous ?
Michel Sardou : Ses assistants
n'arrêtaient pas de lui passer des messages et des mots. Il
avait pris une heure et demie de retard, mais je ne sais pas
s'il faut l'écrire dans votre article.
Paris Match : Cela
prouve qu'il s'était régalé...
Michel Sardou : Il m'a
effectivement dit qu'il s'était libéré l'esprit pendant deux
heures. Et ça j'aime ; la liberté de geste et de parole,
cela me plaît.
Paris Match : Vous vous
fréquentez de temps en temps ?
Michel Sardou : Mais oui. Il
déjeune souvent à la maison. Avant, il venait à pied mais,
maintenant, il se déplace en voiture blindée. Et nous avons
gardé, bien qu'il soit maintenant dans les plus hautes
sphères du pouvoir, des rapports très normaux. Car, si le
pouvoir fait l'homme, il le défait aussi. Je peux vous
garantir que le pouvoir n'a pas défait Nicolas.
Paris Match : Pouvez-vous
raconter un dîner des Sarkozy chez les Sardou ?
Michel Sardou : C'est simple,
il y a une visite de sécurité et de routine avant. Puis une
cinquantaine de mecs qui débarquent chez vous et aux
alentours. Je me souviens, notamment, d'Anne-Marie qui, un
jour de marché à Neuilly, avait commandé des poulets et
tentait d'écarter les hommes de son service d'ordre en
disant qu'elle devait sortir pour aller chercher ses
poulets, les siens. Cela avant qu'elle n'apporte du café aux
mecs plantés à la grille ou juchés dans les arbres. Ça,
c'est ma femme !
Paris Match :
On a bien compris que Sarkozy
est à la fois votre ami et votre tasse de thé. Avez-vous,
pour autant, des ennemis politiques ?
Michel Sardou : Je n'ai pas
d'ennemis d'idées. Je n'aime pas les cons, c'est tout. Ça,
c'est irrémédiable.
Paris Match : Mais quel
genre de rapports avez-vous avec les gens de gauche ?
Michel Sardou : Je dois ma
médaille de chevalier de la Légion d'honneur à François
Mitterrand. Et ce dernier m'avait dit que, dans mon
répertoire, sa chanson préférée datait de 1966. C'était "Je
ne suis pas mort, je dors". Comment la connaissait-il ?
Mystère ! Il m'avait dit m'avoir entendu la chanter en 1968.
Je l'ai d'ailleurs remise dans mon spectacle.
Paris Match : Vous vous êtes
lancé dans un marathon d'enfer ?
Michel Sardou : Je finis
l'Olympia le 13 novembre. J'ai ensuite une tournée, le
Palais des Sports du 3 au 20 février 2005, puis une autre
tournée, puis des promotions au Canada, puis les festivals
d'été en France, puis six jours à Montréal et au Québec,
puis je chante à New-York, au Lincoln Center, à Los Angeles
et à Papeete.
Paris Match : Et vous pensez
remplir le Carnegie Hall de New-York ?
Michel Sardou : Je ne chanterai
pas au Carnegie Hall qui n'accueille plus que des concerts
classiques, mais au Lincoln Center. Le producteur américain
me soutient que cela marchera et que je remplirai plusieurs
jours de suite cette salle de 3 500 places.
Paris Match : Comment
expliquez-vous un tel succès, depuis si longtemps ?
Michel Sardou : La clé de tout,
c'est que la scène fait durer. Le public aime vous voir. Il
aime vous voir vivre sur les planches. Peu importe les
nouvelles ou les vieilles chansons, s'il sort du spectacle
en ayant été ému, il vous suit et il vous reste fidèle.
Quand je dis ému, je ne veux pas nécessairement dire ayant
pleuré, mais plutôt ayant traversé des émotions.
Paris Match : Savez-vous qui
est réellement votre public ?
Michel Sardou : Bien sûr. J'ai
la chance d'avoir un public majoritairement féminin. Les
femmes sont plus fidèles, comme chacun sait. Et elles me
suivent.
Paris Match :
Vous pensez que si vous ne
faisiez pas autant de scène, vous n'auriez pas le même
succès ?
Michel Sardou : J'en suis
certain. Le disque reste quelque chose de très anonyme.
C'est très bien. On passe un bon moment. Mais un rapport de
chair doit exister entre un artiste et son public.
Paris Match : Ne croyez-vous
pas qu'il y a des artistes qui font partie de la famille ?
On les a quasiment vus naître et grandir. Vous êtes du lot.
En ce qui vous concerne, on a connu votre papa, votre maman,
vos amours, vos enfants...
Michel Sardou : Certainement,
mais je n'analyse pas mon succès. Je cherche seulement à
faire passer deux heures agréables à ceux qui viennent me
voir en espérant qu'ils oublient leurs soucis et qu'ils
soient contents de leur soirée...
Paris Match : ... qui leur
donne un vrai tonus, ce qui est le cas avec votre spectacle.
Michel Sardou : Je fais ce
qu'il faut pour. J'ai ainsi droit à leur reconnaissance et,
dans deux ou trois ans, ils auront donc envie de revenir me
voir pour continuer à se régaler.
Paris Match :
Si le public se régale, vous
estimez avoir réussi votre coup ?
Michel Sardou : Bien sûr. Je ne
demande que ça. Et si j'ai réussi, c'est grâce à ma nouvelle
équipe qui vient du rock'n'roll très avant-gardiste...
Paris Match :
Du coup, vous en devenez presque
facétieux et drôle sur scène...
Michel Sardou : Je ne suis pas
timide, mais je me cache derrière ma voix. Ne pas parler me
venait d'une vieille histoire qui était arrivée à Eddy
Mitchell. En scène, il parlait quand une voix lui a crié :
"Ta gueule, chante !". Du coup, je m'étais juré de ne jamais
parler sur scène.
Paris Match : Dans votre
répertoire, il y a des chansons qui ont au moins trente ans
d'âge et que les gens connaissent par coeur. Est-ce parce
qu'elles racontent, à leur façon, plusieurs décennies de la
vie des Français ?
Michel Sardou : Cela se peut.
Mais je ne le fais pas exprès. La seule chose que je
recherche, c'est que les gens qui écoutent mes chansons se
reconnaissent dedans. Parce qu'elles leur ressemblent ou
parce qu'ils ont vécu ce qu'elles leur racontent.
Paris Match :
Vous n'avez jamais eu la
tentation narcissique de vous raconter intimement, dans l'un
ou l'autre de vos textes ?
Michel Sardou : Non. De toute
façon, il ne faut pas exagérer leur portée. Les chansons,
pour moi, ça aide à marcher, ça aide à ne pas avoir peur, ça
fait du bien le matin et ça remonte le moral. Leur force est
là. Que là. Elles ne changeront jamais le monde.
Paris Match :
Prenez-vous soin de votre voix ?
Michel Sardou : Je me chauffe
la voix avec un coach qui vient dans ma loge avant que je
n'entre en scène.
Paris Match :
Et vous fumez ?
Michel Sardou : C'est bon pour
la voix. Pas pour le reste. Mais pour la voix, si. C'est
même excellent. Cela la rend un peu rauque.
Paris Match :
Vous allez voir les spectacles
des autres ?
Michel Sardou : Mais oui.
Paris Match :
Vous n'êtes pas fâché avec
Johnny Hallyday ?
Michel Sardou : Pas du tout.
J'ai eu une réaction à propos de Pascal Nègre [le P.D.G. d'Universal
Music France] parce que je trouve que c'est quelqu'un de
bien. Mais je n'entre pas dans les histoires en cours, entre
Johnny et lui, elles ne me regardent pas.
Paris Match : Vous passez,
actuellement, beaucoup de temps en Corse...
Michel Sardou : Huit mois l'an
dernier.
Paris Match : Vous n'avez
pas d'ennuis avec la population locale ?
Michel Sardou : Non. Mais on ne
sait jamais ce qui peut arriver. Pour le moment, tout va
bien.
Paris Match : Pourquoi n'y
chantez-vous pas ?
Michel Sardou : Parce que les
frais de transport, de décor et de technique ruineraient
n'importe quel organisateur de spectacles. Mais, un jour,
j'y ferai un spectacle plus dépouillé.
Paris Match : Où serez-vous
dans cinq ans ?
Michel Sardou : Je ne sais pas.
Je n'ai jamais eu de plan de carrière ni de programme.
Lorsque j'ai débuté à Paris, je voulais être acteur à la
Comédie Française. Regardez où je suis aujourd'hui...
alors...
Interview de Henry-Jean Servat
|
Anne-Marie : "Il nous reste
peut-être dix ans à vivre notre couple comme
si nous avions 40 ans, alors on n'en perd
pas une minute !"
Transfigurée...
Elle va bientôt fêter ses 60 ans et, depuis
cinq, six ans, elle rajeunit. Du temps de
«Elle», quand on croisait «la patronne» à un
défilé, on louait son élégance, ses
jugements pointus, mais on ne pouvait
s'empêcher de noter les traits tirés, la
minceur extrême, sorte de marque stylistique
qui siglait le personnage. Une décideuse
chic qui prenait sur soi. Ce soir, dans les
coulisses de l'Olympia, une heure avant le
show de son mari, on redécouvre «Mme
Sardou», comme elle s'intitule elle-même.
Toujours longue et fine, mais avec un
je-ne-sais-quoi de rayonnant, de reposé. «Je
me sens mieux, c'est certain !»
minimise-t-elle. Sardou a de la chance.
Silhouette impeccable dans son ensemble
cachemire bleu nuit, elle est sa touche de
distinction. Joue la groupie, l'ange
gardien, et s'en délecte. A Paris, puis
bientôt en tournée, chaque soir, de 19
heures à minuit. Contrairement aux femmes
d'acteurs, de chanteurs, de rock stars,
Anne-Marie ne sépare pas vie privée et vie
publique. Elle arrive avec lui, elle repart
avec lui. On s'en étonne. Elle, la femme
active qui a toujours commandé ses troupes.
Rester dans l'ombre ? La réponse fuse,
imprégnée de sagesse : «A nos âges, il nous
reste peut-être dix ans à vivre notre couple
comme si nous avions 40 ans. Alors, on n'en
perd pas une minute !» Et dans son nouveau
planning, l'ex-directrice de la rédaction ne
s'ennuie jamais. Journaliste, elle reste.
Pendant le spectacle, elle va et vient entre
la salle et les coulisses, ne perd rien du
travail des techniciens. Elle découvre, elle
apprend, repère tout. Elle est devenue
incollable sur la technologie des «retours
son» ; sait maintenant la différence entre
une petite scène comme l'Olympia, «où Michel
voit les premiers rangs, ça peut le
perturber...» et une esplanade gigantesque
comme Bercy, «... où il se produit dans le
noir et a besoin de l'oreillette pour sentir
son public...». L'autre soir, son homme a
explosé à l'entracte : «De la scène, il
voyait la porte de la salle, ouverte sur un
grand rai de lumière, explique-t-elle. Ça
déconcentre. Il a d'ailleurs failli
interrompre le concert. Il avait raison...»
Bien sûr qu'il avait raison ! Et tant pis si
les colères de la star terrorisent tout le
monde, y compris Paul, un des fils
d'Anne-Marie, doux, discret, qui le filme en
vidéo pour le DVD.
Ce soir, on
n'est pas rassuré. Car entre le massage, le
maquillage et le cours d'échauffement de la
voix, Sardou va devoir poser pour le
photographe de Match. Bonjour
l'énervement... Pas du tout. «Juste avant le
lever de rideau, vous pouvez lui parler
plomberie, note sa femme amusée, comme elle
observerait le fonctionnement d'un ovni. Je
ne le vois jamais tétanisé par le trac.»
Prudente, elle vous rappelle tout de même
avant le shooting : «Soyez rapides, ne lui
faites pas jouer un rôle, il ne va pas
sourire sur commande ! » En effet. Il
arrive, maquillé, coiffé, goguenard, content
de la voir. Il sait qu'elle l'observe,
qu'elle va suivre le show, entendra les
hurlements, les «Michel, on t'aime !», verra
les filles debout devant la scène lui tendre
une rose, les femmes de 40, 50 ans grimper à
ses côtés pour l'embrasser pendant qu'il
chante, puis celles qui viendront dans sa
loge lui dire qu'il est sexy dans son
pantalon de cuir... Deux complices, jamais
dupes.
23h30, trois rappels, une salle
électrique... «Et nous ne sommes qu'un jeudi
! Le samedi, c'est pire !» ironise
Anne-Marie. Il a ôté le costard noir,
nettoyé le fond de teint, il en allume une,
trempe les lèvres dans un verre de très bon
bordeaux. Vidé. Heureux. Ensemble, ils vont
aller dîner. Échanger les réflexions et les
blagues comme on le fait après une soirée
féconde, profiter du moment... Puis, ce
diable d'homme aux nerfs d'acier s'endormira
une fois encore avant elle. On ne se refait
pas.
Catherine
Schwaab |
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