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Interview : "Et toujours la maladie d'amour"
Anne-Marie Périer et Michel SardouFace à l'Olympia, ils font cause commune. Michel Sardou inaugure, près d'Anne-Marie, une année forte en chansons. Après son passage dans la très mythique salle parisienne, il reprendra la vie nomade pour les besoins d'une tournée qui le conduira dans 35 villes de France, de Belgique et de Suisse. Mais qu'il revienne à Paris pour chanter au Palais des Sports, en février 2005, ou qu'il s'envole vers le Canada, New York, Los Angeles ou Papeete, on peut parier que sa femme sera présente. "On n'a plus le temps de perdre notre temps", nous a-t-elle confié. Près d'un Sardou, bête de scène, qui se régénère au contact de son public, l'ancienne journaliste retrouve une ambiance qu'elle connaît bien. Quand on est la descendance de Réjane et la fille de François Périer, on n'a pas peur des triomphes.

Paris-Match : 28 octobre 2004, n°2893.


Paris Match : Vous faites courir les foules. La France entière vous adore. Est-ce que vous lisez les articles à votre sujet ?

Michel Sardou : Que les journalistes écrivent ce qu'ils veulent, je m'en fiche. Quand c'est gentil, je suis content. Mais quand c'est mauvais, cela ne me fait rien. Cela ne me fait pas mal. Parfois, quelques critiques sont intéressantes. Pas toujours. De toute façon, je ne parviendrai jamais à faire changer d'avis qui que ce soit à mon sujet.

Paris Match : Ce n'est donc pas un sujet qui vous intéresse vraiment...

Michel Sardou : Pas vraiment. Ma femme, en revanche, est un sujet qui m'intéresse plus. Vous connaissez l'histoire de notre rencontre ?

Paris Match : Comme tout le monde. Vous vous êtes connus en 1978, lors d'une soirée chez Régine, à Deauville, puis perdus de vue et vous avez, soudain, en 1999, eu un flash et envie de passer le reste de votre vie avec Anne-Marie Périer.

Michel Sardou : Oui. C'est ça. Ce fut une révélation. Comme pour Paul Claudel ou pour André Frossard, qui ont vu Dieu dans un flash. Un matin, vers 10 heures, cela s'est imposé à moi comme une évidence. Je l'ai contactée à son bureau, au magazine "Elle". Anne-Marie n'était pas là. Je ne lui avais pas téléphoné depuis deux ou trois ans. J'ai laissé un message la priant de me rappeler. Ce qu'elle a fait, de New-York. Pour elle, il était 4 heures du matin et elle venait de passer un coup de fil à son journal. Je me suis entendu lui déclarer : "Est-ce que je te fais encore de l'effet ?" J'étais inquiet. J'ignorais tout de sa vie privée et j'ai demandé sa main. Cela s'est passé très vite. Je l'ai déjà raconté à plusieurs reprises, mais je ne m'en lasse pas. Et je m'en félicite encore. Et toujours. Avec Anne-Marie, j'ai décroché la timbale en or massif. J'ai la plus belle femme du monde, la plus gentille, la plus douée.

Paris Match : Sans comparer amour et amitié, depuis combien de temps connaissez-vous Nicolas Sarkozy ?

Michel Sardou : Je l'aime beaucoup. Je l'ai connu il y a des années et des années, au hasard des rencontres. On s'est ensuite un peu perdus de vue puis retrouvés. J'habitais Neuilly dont il était conseiller municipal. Comment notre amitié est née, vraiment, je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est que Nicolas Sarkozy est un proche qui m'est cher. Un jour, nous avons fait un show dans un restaurant. J'étais pour Chirac. Lui pour Balladur.

Paris Match : C'était des idées assez voisines.

Michel Sardou : Oui, mais cela ne nous a pas empêchés de nous engueuler jusqu'à 6 heures du matin. Aujourd'hui, dans ma vie, à 57 ans, je peux faire le compte des amis qui ont toujours été là et qui sont encore là. Il y en a cinq. Pas plus. Et Nicolas fait partie de cette poignée.

Paris Match : Qui sont les autres ?

Michel Sardou : Des gens qu'on ne connaît pas. Et qui sont des amis de toujours.

Paris Match : Donc, Sarkozy devient l'homme qu'on connaît...

Michel Sardou : ... et va devenir un homme encore plus important que ça, et j'en suis très heureux.

Paris Match : Quelles sont ses qualités essentielles à vos yeux ?

Michel Sardou : La loyauté, la fidélité et la franchise. Ce qui, pour moi, est capital. Surtout en ces moments de démagogie où chacun caresse chacun dans le sens du poil en essayant de faire plaisir à tout le monde.

Paris Match : Si je comprends bien, vous pouvez compter sur lui, mais peut-il compter sur vous ?

Michel Sardou : Oui. Je lui ai dit qu'il pouvait, lui aussi, le moment venu, compter sur moi.

Paris Match : A-t-il pris la peine et le temps de venir vous écouter à l'Olympia ?

Michel Sardou : Oui. Et ça m'a fait rire. Il est venu me voir sur scène, il y a quelques jours, alors qu'il présentait le budget de la France à l'Assemblée Nationale, ce qui représente quand même 289 milliards d'euros. Avant le spectacle, dans la loge de l'Olympia, il me dit : "Je ne verrai que la première partie car je dois être à 22h à l'Assemblée". Et, sortant de scène, je l'ai trouvé dans ma loge, m'attendant.

Paris Match : Il avait séché l'Assemblée pour vous ?

Michel Sardou : Ses assistants n'arrêtaient pas de lui passer des messages et des mots. Il avait pris une heure et demie de retard, mais je ne sais pas s'il faut l'écrire dans votre article.

Paris Match : Cela prouve qu'il s'était régalé...

Michel Sardou : Il m'a effectivement dit qu'il s'était libéré l'esprit pendant deux heures. Et ça j'aime ; la liberté de geste et de parole, cela me plaît.

Paris Match : Vous vous fréquentez de temps en temps ?

Michel Sardou : Mais oui. Il déjeune souvent à la maison. Avant, il venait à pied mais, maintenant, il se déplace en voiture blindée. Et nous avons gardé, bien qu'il soit maintenant dans les plus hautes sphères du pouvoir, des rapports très normaux. Car, si le pouvoir fait l'homme, il le défait aussi. Je peux vous garantir que le pouvoir n'a pas défait Nicolas.

Paris Match : Pouvez-vous raconter un dîner des Sarkozy chez les Sardou ?

Michel Sardou : C'est simple, il y a une visite de sécurité et de routine avant. Puis une cinquantaine de mecs qui débarquent chez vous et aux alentours. Je me souviens, notamment, d'Anne-Marie qui, un jour de marché à Neuilly, avait commandé des poulets et tentait d'écarter les hommes de son service d'ordre en disant qu'elle devait sortir pour aller chercher ses poulets, les siens. Cela avant qu'elle n'apporte du café aux mecs plantés à la grille ou juchés dans les arbres. Ça, c'est ma femme !

Paris Match : On a bien compris que Sarkozy est à la fois votre ami et votre tasse de thé. Avez-vous, pour autant, des ennemis politiques ?

Michel Sardou : Je n'ai pas d'ennemis d'idées. Je n'aime pas les cons, c'est tout. Ça, c'est irrémédiable.

Paris Match : Mais quel genre de rapports avez-vous avec les gens de gauche ?

Michel Sardou : Je dois ma médaille de chevalier de la Légion d'honneur à François Mitterrand. Et ce dernier m'avait dit que, dans mon répertoire, sa chanson préférée datait de 1966. C'était "Je ne suis pas mort, je dors". Comment la connaissait-il ? Mystère ! Il m'avait dit m'avoir entendu la chanter en 1968. Je l'ai d'ailleurs remise dans mon spectacle.

Paris Match : Vous vous êtes lancé dans un marathon d'enfer ?

Michel Sardou : Je finis l'Olympia le 13 novembre. J'ai ensuite une tournée, le Palais des Sports du 3 au 20 février 2005, puis une autre tournée, puis des promotions au Canada, puis les festivals d'été en France, puis six jours à Montréal et au Québec, puis je chante à New-York, au Lincoln Center, à Los Angeles et à Papeete.

Paris Match : Et vous pensez remplir le Carnegie Hall de New-York ?

Michel Sardou : Je ne chanterai pas au Carnegie Hall qui n'accueille plus que des concerts classiques, mais au Lincoln Center. Le producteur américain me soutient que cela marchera et que je remplirai plusieurs jours de suite cette salle de 3 500 places.

Paris Match : Comment expliquez-vous un tel succès, depuis si longtemps ?

Michel Sardou : La clé de tout, c'est que la scène fait durer. Le public aime vous voir. Il aime vous voir vivre sur les planches. Peu importe les nouvelles ou les vieilles chansons, s'il sort du spectacle en ayant été ému, il vous suit et il vous reste fidèle. Quand je dis ému, je ne veux pas nécessairement dire ayant pleuré, mais plutôt ayant traversé des émotions.

Paris Match : Savez-vous qui est réellement votre public ?

Michel Sardou : Bien sûr. J'ai la chance d'avoir un public majoritairement féminin. Les femmes sont plus fidèles, comme chacun sait. Et elles me suivent.

Paris Match : Vous pensez que si vous ne faisiez pas autant de scène, vous n'auriez pas le même succès ?

Michel Sardou : J'en suis certain. Le disque reste quelque chose de très anonyme. C'est très bien. On passe un bon moment. Mais un rapport de chair doit exister entre un artiste et son public.

Paris Match : Ne croyez-vous pas qu'il y a des artistes qui font partie de la famille ? On les a quasiment vus naître et grandir. Vous êtes du lot. En ce qui vous concerne, on a connu votre papa, votre maman, vos amours, vos enfants...

Michel Sardou : Certainement, mais je n'analyse pas mon succès. Je cherche seulement à faire passer deux heures agréables à ceux qui viennent me voir en espérant qu'ils oublient leurs soucis et qu'ils soient contents de leur soirée...

Paris Match : ... qui leur donne un vrai tonus, ce qui est le cas avec votre spectacle.

Michel Sardou : Je fais ce qu'il faut pour. J'ai ainsi droit à leur reconnaissance et, dans deux ou trois ans, ils auront donc envie de revenir me voir pour continuer à se régaler.

Paris Match : Si le public se régale, vous estimez avoir réussi votre coup ?

Michel Sardou : Bien sûr. Je ne demande que ça. Et si j'ai réussi, c'est grâce à ma nouvelle équipe qui vient du rock'n'roll très avant-gardiste...

Paris Match : Du coup, vous en devenez presque facétieux et drôle sur scène...

Michel Sardou : Je ne suis pas timide, mais je me cache derrière ma voix. Ne pas parler me venait d'une vieille histoire qui était arrivée à Eddy Mitchell. En scène, il parlait quand une voix lui a crié : "Ta gueule, chante !". Du coup, je m'étais juré de ne jamais parler sur scène.

Paris Match : Dans votre répertoire, il y a des chansons qui ont au moins trente ans d'âge et que les gens connaissent par coeur. Est-ce parce qu'elles racontent, à leur façon, plusieurs décennies de la vie des Français ?

Michel Sardou : Cela se peut. Mais je ne le fais pas exprès. La seule chose que je recherche, c'est que les gens qui écoutent mes chansons se reconnaissent dedans. Parce qu'elles leur ressemblent ou parce qu'ils ont vécu ce qu'elles leur racontent.

Paris Match : Vous n'avez jamais eu la tentation narcissique de vous raconter intimement, dans l'un ou l'autre de vos textes ?

Michel Sardou : Non. De toute façon, il ne faut pas exagérer leur portée. Les chansons, pour moi, ça aide à marcher, ça aide à ne pas avoir peur, ça fait du bien le matin et ça remonte le moral. Leur force est là. Que là. Elles ne changeront jamais le monde.

Paris Match : Prenez-vous soin de votre voix ?

Michel Sardou : Je me chauffe la voix avec un coach qui vient dans ma loge avant que je n'entre en scène.

Paris Match : Et vous fumez ?

Michel Sardou : C'est bon pour la voix. Pas pour le reste. Mais pour la voix, si. C'est même excellent. Cela la rend un peu rauque.

Paris Match : Vous allez voir les spectacles des autres ?

Michel Sardou : Mais oui.

Paris Match : Vous n'êtes pas fâché avec Johnny Hallyday ?

Michel Sardou : Pas du tout. J'ai eu une réaction à propos de Pascal Nègre [le P.D.G. d'Universal Music France] parce que je trouve que c'est quelqu'un de bien. Mais je n'entre pas dans les histoires en cours, entre Johnny et lui, elles ne me regardent pas.

Paris Match : Vous passez, actuellement, beaucoup de temps en Corse...

Michel Sardou : Huit mois l'an dernier.

Paris Match : Vous n'avez pas d'ennuis avec la population locale ?

Michel Sardou : Non. Mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. Pour le moment, tout va bien.

Paris Match : Pourquoi n'y chantez-vous pas ?

Michel Sardou : Parce que les frais de transport, de décor et de technique ruineraient n'importe quel organisateur de spectacles. Mais, un jour, j'y ferai un spectacle plus dépouillé.

Paris Match : Où serez-vous dans cinq ans ?

Michel Sardou : Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu de plan de carrière ni de programme. Lorsque j'ai débuté à Paris, je voulais être acteur à la Comédie Française. Regardez où je suis aujourd'hui... alors...

 

Interview de Henry-Jean Servat

 

Anne-Marie : "Il nous reste peut-être dix ans à vivre notre couple comme si nous avions 40 ans, alors on n'en perd pas une minute !"
 
 

Transfigurée... Elle va bientôt fêter ses 60 ans et, depuis cinq, six ans, elle rajeunit. Du temps de «Elle», quand on croisait «la patronne» à un défilé, on louait son élégance, ses jugements pointus, mais on ne pouvait s'empêcher de noter les traits tirés, la minceur extrême, sorte de marque stylistique qui siglait le personnage. Une décideuse chic qui prenait sur soi. Ce soir, dans les coulisses de l'Olympia, une heure avant le show de son mari, on redécouvre «Mme Sardou», comme elle s'intitule elle-même. Toujours longue et fine, mais avec un je-ne-sais-quoi de rayonnant, de reposé. «Je me sens mieux, c'est certain !» minimise-t-elle. Sardou a de la chance. Silhouette impeccable dans son ensemble cachemire bleu nuit, elle est sa touche de distinction. Joue la groupie, l'ange gardien, et s'en délecte. A Paris, puis bientôt en tournée, chaque soir, de 19 heures à minuit. Contrairement aux femmes d'acteurs, de chanteurs, de rock stars, Anne-Marie ne sépare pas vie privée et vie publique. Elle arrive avec lui, elle repart avec lui. On s'en étonne. Elle, la femme active qui a toujours commandé ses troupes. Rester dans l'ombre ? La réponse fuse, imprégnée de sagesse : «A nos âges, il nous reste peut-être dix ans à vivre notre couple comme si nous avions 40 ans. Alors, on n'en perd pas une minute !» Et dans son nouveau planning, l'ex-directrice de la rédaction ne s'ennuie jamais. Journaliste, elle reste. Pendant le spectacle, elle va et vient entre la salle et les coulisses, ne perd rien du travail des techniciens. Elle découvre, elle apprend, repère tout. Elle est devenue incollable sur la technologie des «retours son» ; sait maintenant la différence entre une petite scène comme l'Olympia, «où Michel voit les premiers rangs, ça peut le perturber...» et une esplanade gigantesque comme Bercy, «... où il se produit dans le noir et a besoin de l'oreillette pour sentir son public...». L'autre soir, son homme a explosé à l'entracte : «De la scène, il voyait la porte de la salle, ouverte sur un grand rai de lumière, explique-t-elle. Ça déconcentre. Il a d'ailleurs failli interrompre le concert. Il avait raison...» Bien sûr qu'il avait raison ! Et tant pis si les colères de la star terrorisent tout le monde, y compris Paul, un des fils d'Anne-Marie, doux, discret, qui le filme en vidéo pour le DVD.

Ce soir, on n'est pas rassuré. Car entre le massage, le maquillage et le cours d'échauffement de la voix, Sardou va devoir poser pour le photographe de Match. Bonjour l'énervement... Pas du tout. «Juste avant le lever de rideau, vous pouvez lui parler plomberie, note sa femme amusée, comme elle observerait le fonctionnement d'un ovni. Je ne le vois jamais tétanisé par le trac.» Prudente, elle vous rappelle tout de même avant le shooting : «Soyez rapides, ne lui faites pas jouer un rôle, il ne va pas sourire sur commande ! » En effet. Il arrive, maquillé, coiffé, goguenard, content de la voir. Il sait qu'elle l'observe, qu'elle va suivre le show, entendra les hurlements, les «Michel, on t'aime !», verra les filles debout devant la scène lui tendre une rose, les femmes de 40, 50 ans grimper à ses côtés pour l'embrasser pendant qu'il chante, puis celles qui viendront dans sa loge lui dire qu'il est sexy dans son pantalon de cuir... Deux complices, jamais dupes.

23h30, trois rappels, une salle électrique... «Et nous ne sommes qu'un jeudi ! Le samedi, c'est pire !» ironise Anne-Marie. Il a ôté le costard noir, nettoyé le fond de teint, il en allume une, trempe les lèvres dans un verre de très bon bordeaux. Vidé. Heureux. Ensemble, ils vont aller dîner. Échanger les réflexions et les blagues comme on le fait après une soirée féconde, profiter du moment... Puis, ce diable d'homme aux nerfs d'acier s'endormira une fois encore avant elle. On ne se refait pas.

Catherine Schwaab


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