Propriétaire du Théâtre de la Porte-Saint-Martin depuis
février 2000, Michel Sardou s'offre, à partir de ce soir, le
plaisir de fouler ses propres planches. Face à son fils,
Davy, qui tient le rôle de son père jeune, et à Brigitte
Fossey, qui incarne sa conscience, il est Monsieur Jaume,
personnage à la fois drôle et antipathique imaginé par
Félicien Marceau dans sa pièce « l'Homme en question ». En
choisissant, pour sa troisième expérience théâtrale,
d'interpréter le texte d'un membre de l'Académie française,
Michel Sardou, à 55 ans, franchit une nouvelle étape dans sa
carrière de comédien. Entretien.
D'où est venue la décision d'interpréter le héros de
« l'Homme en question » ?
Un ami journaliste a écrit un jour, dans l'un de ses
articles, que le rôle de Monsieur Jaume me conviendrait. Je
me suis procuré le texte et j'ai immédiatement été séduit
par son écriture originale et ses répliques cinglantes. J'ai
ensuite rencontré Félicien Marceau et je lui ai demandé
s'il était prêt à apporter quelques modifications pour
actualiser sa pièce (NDLR : écrite en 1972 et créée par
Bernard Blier). C'est un jeune homme de 84 ans, plein
d'humour, tout à fait en harmonie avec les attentes du public
actuel. Il a le sens de l'ellipse et il a tout de suite
supprimé les choses qui pouvaient dater.
Comment définiriez-vous son style ?
Il y a un fond un peu grinçant. C'est une comédie de
boulevard comme on en écrivait il y a trente ans. Mais ce
n'est ni de la gaudriole ni un drame car je tiens à ce que le
public s'amuse.
Qui est Monsieur Jaume ?
Un homme très ordinaire au destin extraordinaire, qui, un
soir d'insomnie, est confronté à sa conscience (NDLR :
incarnée par Brigitte Fossey). Elle vient le mettre en face
de ce qu'il a été, c'est-à-dire quelqu'un de pas très
recommandable et de très possessif, ce qui est assez original
pour un homme. Mais sa méchanceté fait rire.
Ce rôle, ambigu et multiple, est-ce une nouvelle étape
dans votre parcours de comédien ?
Oui. Ma première pièce, c'était « Bagatelles », mise en
scène par Pierre Mondy, puis j'ai joué « Comédie privée
», avec Marie-Anne Chazel. Chaque fois, je place la barre un
peu plus haut. Peut-être qu'un jour je jouerai « le Malade
imaginaire », de Molière. Je rêve de la longue tirade du
début. Mais il faut que j'aille lentement. Je ne peux pas me
lancer dans une « performance », même si je viens d'une
discipline qui est très voisine.
Votre fils, Davy, joue à vos côtés...
L'idée vient du metteur en scène, pas de moi. Nous ne sommes
ensemble que quelques minutes, mais c'est sympa de mettre le
pied à l'étrier de son fils de 23 ans. C'est une façon
discrète de lui passer le relais.
Avez-vous toujours rêvé de théâtre ?
Au départ, je me destinais à ce métier. Je suis venu à la
chanson par hasard. Le désir de monter sur les planches s'est
fait plus précis depuis le milieu des années quatre-vingt et
le déclencheur a été le fait que je ne puisse pas continuer
les représentations de « Comédie privée » parce que je
devais faire Bercy. J'ai alors pris la décision d'arrêter la
chanson, car je ne peux pas faire les deux en même temps.
Resterez-vous longtemps absent des studios
d'enregistrement ?
Avec « l'Homme en question », nous sommes partis pour cent
représentations et je sais déjà qu'à la saison prochaine
je jouerai « l'Emmerdeur », récrit par Francis Veber...
Pensez-vous que votre seul nom garantisse le succès
d'une pièce ?
Le public sera au rendez-vous uniquement si la pièce lui
plaît. Le phénomène de la curiosité ne suffit pas. Et il
ne dure que quelques jours.
Propos recueillis par Bérengère Adda