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Lui Michel Sardou, comédien
Il interprète « L'Homme en question », la pièce de Félicien Marceau à La Fleuriaye. Un risque, une passion, une évidence. Ce pourrait être le refrain d'une chanson. C'est la justification d'un tournant esquissé dans une carrière. Pour sa première tournée en tant que comédien, Michel Sardou fait escale jusqu'à samedi à La Fleuriaye avec « L'Homme en question », une pièce de Félicien Marceau. Rencontre.

Ouest-France : Jeudi 14 mars 2002.


« C'est un jeune acteur que vous recevez. »
Il est assis dans un halo de fumée. Enchaînant cigarette sur cigarette. Décontracté, souriant (si, si !) et foncièrement sympathique. Loin de l'image triste et austère qui lui colle trop souvent à la peau. Michel Sardou a, certes, plus d'une corde à son arc. On le connaissait chanteur populaire, le voilà acteur sur une scène de théâtre et directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. « Le théâtre est très dangereux. Quitte à faire un métier à risque, prenons-en de grands. »

L'acteur s'arrête. Puis continue : « Un grand théâtre, c'est un grand risque, mais c'est passionnant ». Le métier de comédien ? « L'acteur est un instrument creux », définit-il, un outil qui vibre entre les mains de son metteur en scène. Et pour « L'Homme en question », la pièce de Félicien Marceau, c'est Jean-Luc Tardieu qui l'anime.

« C'est une pièce moderne. On rit sur un volcan, sur un homme qui n'est pas très recommandable », explique encore le comédien.

« Michel est un jeune acteur déjà né et qui va se révéler », prédit à son tour le metteur en scène.

Tennis et baskets, une longue écharpe nouée autour du cou, l'homme de théâtre n'esquive pas les questions. Plaisante même. Évoque ses parents, le plaisir de l'acteur, son rôle aussi, avec passion et sensibilité.

On le découvre amoureux des belles lettres et des grands auteurs. « J'aime les pièces d'Anouilh où apparaissent toutes les palettes de la vie. » Le verbe « aimer » revient souvent dans son vocabulaire. Accompagné de son corollaire « Je n'aime pas ».

« J'aime la scène », avoue-t-il, avec simplicité, au détour d'une phrase. Pas d'ambages ni de fioritures. Peut-être parce que le chanteur sait déjà que les mots les plus forts sont ceux qu'on exprime sans détour.

Le théâtre ? Pas vraiment une découverte. « À 18 ans, j'ai pris des cours d'art dramatique. J'ai commencé par le théâtre. Je voulais être un acteur comme mon père, mon grand-père, mon arrière grand-père... Tous les chanteurs devraient y passer. »

Sa voix emplit déjà le théâtre de La Fleuriaye. On le croirait presque en train de tester l'acoustique de la salle feutrée. Réflexe de chanteur ?

« La chanson est une mécanique. Vous êtes porté par un son. Au théâtre, vous êtes sans filet. » Sardou, le chanteur réputé, sait qu'on attendra au tournant Michel, le comédien. Il sait qu'il faudra d'autant plus convaincre, prouver et faire ses preuves. « Le cinéma ne m'intéresse pas, le théâtre me passionne, c'est un défi. »

La fumée de cigarette danse dans la colonne de lumière. Monte et s'évapore au son de la voix. L'acteur jette ses mains en avant. Puis se pelotonne dans le fauteuil. Mains dans les poches.

Reverra-t-on un jour Sardou le chanteur sur une scène ? « Je ne fais pas mes adieux à la chanson, mais je ne peux pas faire les deux. Je me donne deux, trois ans de réflexion juste pour le théâtre. »

Lorsqu'un journaliste tente, en direction de Jean-Luc Tardieu, une question relative à ses démêlés avec la MCLA (1) (« Ce n'est pas le sujet du moment », répond le metteur en scène), c'est encore Sardou qui détend l'atmosphère : « Mais si, bien sûr que Jean-Luc est content de revenir à Nantes. Surtout qu'on peut y manger de délicieux plateaux de fruits de mer... ». Propos du comédien ou du chanteur ?

Isabelle LASQUELLEC

(1) Jean-Luc Tardieu, ex-directeur de la Maison de la culture avait porté plainte en 1998 contre son employeur pour rupture abusive de contrat. Le conseil des Prud'hommes de Nantes lui avait donné raison.

« L'Homme en question » de Félicien Marceau, mise en scène de Jean-Luc Tardieu, du 13 au 16 mars au théâtre de la Fleuriaye à Carquefou. Renseignements : 02 40 68 72 72.
À cette occasion, Jean-Luc Tardieu rencontrera le public à la Fnac, place du Commerce jeudi 14 mars à 17 h 30.


Site du Journal Ouest-France : http://www.france-ouest.com/