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Sardou haute fidélité
Il chante, ce soir, au Nikaia de Nice, à guichets fermés comme partout où il passe. La réussite d'un artiste qui ne triche jamais.

Nice Matin : Vendredi 27 avril 2001.

Michel Sardou
Michel Sardou devait arrêter sa journée début mai. Il la prolonge de quinze jours, tant on le réclame à travers la France. Il sera à Martigues le 11 mai, à Montpellier, le 12.

Photo AFP


Fidélité au Sud. Après Toulon et Le Cannet, Michel Sardou chante ce soir à Nice, au Nikaia. Il le souhaitait. Pour cette nouvelle salle, encore dans l'enfance, que les artistes plébiscitent déjà. Pour l'une de ses villes phare : « J'aime Nice où je passais déjà débutant ; Marseille, la ville de mon père ; Toulon, celle des ancêtres, et l'Italie. Là-bas, quand un chanteur se produit sur scène, on attend avec amour le moment où il va pousser la voix. On l'applaudit, comme pour un exploit sportif ».

 

Fidélité au public qui ignore les doutes du chanteur : « Ce métier rend fou. Le public ne saura jamais ce qu'il représente comme part de souffrance. La peur qu'il ne vienne pas, de découvrir qu'on ne plait plus, et cette vie de moine à laquelle on s'astreint. Dormir douze heures pour refaire sa voix, ne pas trop bouffer, ne pas picoler ». Michel n'a, pourtant pas, arrêté de fumer mais avec un fume-cigarette, comme Michel Jonasz.

 

Fidélité à la jeunesse à travers un amour retrouvé : « Si je devais recommencer, c'était avec Anne-Marie. Je me suis dit : "c'est à moi de décrocher le téléphone". Si elle est prise, je vivrai tout seul. Je l'ai appelé. L'éclair a mis vingt-cinq ans à nous frapper ». Auparavant, il a vécu la séparation : « Un divorce n'arrive pas du jour au lendemain. C'est une longue chute, une lente dégradation de rapports. On se sent mal, on vit mal, on a moins envie d'être aimable. Anne-Marie m'a ramené la gaieté, le charme, le rire ».

 

Anne-Marie, directrice de l'hebdomadaire Elle, fille du comédien François Périer, sœur de Jean-Marie, le photographe, connait la vie d'artiste : « La seule chose qu'elle m'a conseillé de changer, ce sont mes cheveux. J'avais pris l'habitude de les teindre. Ca virait au jaune roux, légèrement cramé. Elle m'a dit : "Tu as l'air d'un flan". Finalement, j'ai gardé mes cheveux blancs. Je n'ai jamais caché mon âge, 54 ans, depuis janvier. Je me sens mieux comme ça ».

 

Fidélité à un engagement personnel, plus que politique. Des Ricains à Français (« J'aime tous les Français que je n'aime pas »), depuis plus de trente ans, Michel prend parti. Classé à droite, il trouve un écho à gauche. Sur le site Internet, www.sardou.com, les forums de discussion sont émaillés de mots contraires, tels que fascisme, tolérance, liberté, censure : « On attend toujours de moi la chanson polémique. Français signifie simplement qu'il faut prendre la France telle qu'elle est, en bloc. C'est un espace privilégié, ouvert, républicain ? Cette chanson est née, comme tant d'autres, de ma lecture des livres d'histoire, des journaux, de l'air du temps ».

 

Fidélité au souvenir du père : « Il se levait lorsque le général de Gaulle prononçait ses discours à la télévision. Ca me faisait rigoler. Ma conscience politique est venue plus tard. Quand j'étais en pension, dans un collège libre, avec notamment Patrick Modiano, on nous poussait à nous forger notre propre opinion du monde ».

 

Loin de Je suis pour, Le France, Vladimir Ilitch, Les deux écoles ou Le Bac G, « des textes d'opinion », la chanson engagée lui semble d'un autre temps : « Elle ne passe plus. Les camps ne sont plus aussi opposés. Si quelqu'un comme Ferrat devait recommencer, ce serait Ma môme qui le lancerait, plutôt que Potemkine ».

 

Mitterrand lui épingle la Légion d'honneur, Chirac assiste à son mariage, en octobre 1999 : « Je ne suis pas plus à gauche qu'à droite. J'adhère aux raisonnements, quelle que soit leur origine politique. J'en ferai, peut-être une chanson, L'Electron fou ».

 

Fidélité à un producteur, Jean-Claude Camus, le même que l'ami Johnny : « Je sais qu'il est là et il sait que je suis là. Pour le meilleur, et le pire. Il me suit dans toutes mes aventures, toutes mes folies ». Michel a associé le patron du Zénith de Toulon à sa reprise du théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, où joua la légendaire Réjane, arrière grand-mère d'Anne-Marie Périer-Sardou. Il en deviendra officiellement propriétaire en juin, lui donnera son nom, avec Jean-Luc Tardieu pour directeur artistique.

 

Michel a toujours voulu être acteur et l'a été : « Mon défi, est de réussir chanson et comédie, mais plus en même temps. Là, après la tournée, je fais une pause et pour deux, trois saisons, ce sera le théâtre, pas forcément en tant qu'acteur ».

 

Il joue, dès septembre, L'Homme en question, comédie grinçante de Félicien Marceau, sur l'éternel ridicule masculin. Dix-sept personnages sur scène, alors que le théâtre privé se contente souvent de trois, ces dernières années. Il prend le risque. Son fils Davy, 22 ans, qui étudie l'art dramatique aux Etats-Unis, tiendra un petit rôle.

 

Fidélité à la Corse, avec la maison de Sainte-Lucie-de Porto Vecchio qu'il étrenne avant l'été : « Avec Anne-Marie, on n'a plus l'âge de s'emmerder. On profite de tout ce qu'on n'a pas pu vivre ensemble. Je ne vais pas mourir devant une lessiveuse de billets. Je repartirai aussi nu que je suis venu. On avait envie de se ressourcer au bord de la mer, et d'un bateau. On s'offre le tout. Passer huit mois sur scène, d'accord, mais à condition d'avoir deux mois, pour respirer comme j'en ai envie, avec ma femme, et la rendre la plus heureuse possible ».

 

Fidélité à l'amitié, à Fugain, connu dans les années soixante, auteur de toutes les musiques de son récent album, dont Corsica, pour l'île qui les unit. Ce Michel-là est, sans doute, plus à gauche que lui : « Et alors ? Sur le fond des idées, nous sommes les mêmes. L'injustice nous révolte. Le malheur nous émeut. Nous n'aimons guère que le monde soit taillé sur le même patron ».

Par Alain LAVILLE


Site de Nice Matin : http://portail.nicematin.fr