Index Mailing-list Actualité Discographie Vidéos Biographie
Page des fans En savoir plus Recherche Liens Courrier-FAQ Conception
 

Index: Page des fans: Articles:
 

Archives Presse

Interview : "Chaque Français a sa France"
En concert, vendredi, et samedi, au Zenith Omega de Toulon, dimanche, à La Palestre, au Cannet, en attendant le Nikaia de Nice, le 27 avril.

Nice Matin : Mercredi 7 mars 2001.


Quand nous partageons le pomerol, pour chauffer sa chère voix, dans la loge de Paris-Bercy, fin janvier, Michel Sardou se projette déjà en tournée. Ce baladin dans l'âme n'aime rien tant que porter ses chansons, de ville en ville.

« Chanter à Toulon, est ce différent ?
- Forcément. C'est tout l'esprit de Valentin, qui me revient. Mon grand-père paternel, est né dans cette ville, en 1868, dans le quartier des charpentiers de marine, le métier de son père, un Marseillais. Nos origines méditerranéennes se perdent dans la nuit des temps.

- Valentin, déjà artiste... 
- Lui et son père, Baptistin, ont d'abord été mimes, le soir, après le travail, sur les tréteaux des quartiers populaires. Puis Valentin s'est mis à chanter, en professionnel, en 1905, avec succès, même avec Raimu. J'ai eu, aussi, une grand-mère danseuse nue au Casino de Paris. On est souvent artiste parce qu'on naît artiste.

Michel Sardou
A Toulon, Sardou chante dans le
fief de l'ami fidèle, producteur de
son spectacle, Jean-Claude
Camus. Celui-ci va participer à la
nouvelle aventure de Michel, qui a
acheté le théâtre de la Porte
Saint-Martin, à Paris, et rouvre en septembre, avec L'Homme en
question, de Félicien Marceau.

- Corsica vous ramène à la Méditerranée. Pourquoi cet hymne à la Corse, à Zonza ?
- Cette chanson s'est collée sur le pare-brise. Je l'ai écrite en quelques minutes, devant le paysage de Zonza, où ma maison sera finie, fin mai. Mes parents vont reposer là-bas. Le cimetière de La Défense, ce n'était pas pour eux. Fernand, mon père avait beaucoup d'amis en Corse, comme Tino Rossi. Le maire de Zonza m'a dit : "Ton père va revivre dans son éternité".

- Comment avez-vous rencontré la Corse ?
- C'est la faute aux Gildas ! J'ai passé les vacances 99, chez Maryse, et Philippe. J'ai eu le coup de foudre. Plein les yeux. Plein la gueule. Je cherchais à louer. Quelqu'un vendait. J'ai acheté en dix minutes. Zonza, à une heure et demie d'avion de Paris, c'est la mer superbe, le littoral protégé, la liberté de vivre.

- On ne peut pas dire que vous vous exprimiez beaucoup sur la Corse...
- Je ne m'en mêle pas. Pas par manque de courage. Pour ne pas dire n'importe quoi. La Corse, j'y suis bien. Les gens de Zonza sont respectueux de mon intimité. Je les respecte. On est chacun un peu la Corse. Quand les choses deviennent pesantes, l'administration, le fisc, on est tous un peu insulaires. Mais, je trouve absurde d'enfreindre la légalité. On peut régler ses affaires avec un bulletin de vote, et un bon coup de gueule.

- Très français tout ça, pour quelqu'un qui chante : "J'aime les Français, tous les Français. Même ceux que je n'aime pas"...
- Si vous aimez la France, vous l'aimez en bloc, avec ses différences, ses contradictions. Pour la Révolution française, j'aime 1789, beaucoup moins 1793.
Comme la Terreur est la conséquence de l'insurrection, je prends tout. Chaque Français a sa France. L'Europe, ou Internet, n'y changeront rien.

- Toujours branché politique ?
- Pas trop. Elle est trop uniforme. Il n'y a plus de réelle opposition entre deux utopies.

- Fini l'engagement ?
- Y en a-t-il eu un ? Il a existé un malentendu Sardou dans les années 70. Le Temps des colonies, ce n'était pas nationaliste, cocardier. Je n'ai pas été, et je ne suis pas d'extrême droite.

- Qu'êtes-vous ?
- Sans doute un gaulliste classique, qui aime son pays.

- Restent des chansons, telles que Les Ricains, Je suis pour (1), Le France...
- Si je devais les réécrire, je serais plus malin. J'ai trop pris de bâtons pour me faire battre. On a, peut-être encore, une image trop fixe de moi. Qui ne change pas d'avis ? Cela m'est arrivé mille fois. Je suis prêt à me contredire, sans regrets. Je ne suis pas un menhir.

- Pourquoi êtes-vous, soudain, si souriant ?
- Je me détends. J'ai attendu la cinquantaine pour être moins timide.

- Vous vivez une grande histoire d'amour avec votre femme, Anne Marie (2). Pourtant, vous semblez rester un solitaire...
- Pour les décisions, je suis solitaire. Chaque fois que des gens se sont mêlés de ma carrière, ils se sont trompés. Ils ne connaissent pas mes angoisses, mes envies. Alors, j'y vais seul. Dans la vie, aussi, finalement, j'ai peu d'amis. Parce que c'est vite embarrassant.

- Et Anne-Marie ?
- Certaines femmes sont magiques. Elle l'est.

- Est-ce bien de retrouver un amour de jeunesse, comme elle ?
- C'est une façon de rattraper le passé, de renouer la complicité, et de prendre un nouveau départ.

- Elle est fille, petite-fille, arrière petite-fille d'artistes. Est-ce important ?
- Elle connaît les moments de vide de l'artiste, elle.

- Qu'a-t-elle changé en vous ?
- Nous avons un dialogue serein, rassurant. Le monde de la chanson l'amuse. Elle est bon juge. Tant qu'une chanson ne lui plait pas, je retourne au piano. Et puis, il y a le rire. On rit beaucoup.

- Doutez-vous toujours ?
- Je suis très inquiet, très angoissé. J'ai toujours été malade de chanter, de la scène. Ce métier rend fou.

- Des regrets ?
- Ne pas avoir assez connu mon père, que "j'ai eu très tard", comme dit Jules Renard, donc trop peu, ne pas avoir assez parlé avec ma mère, ne pas avoir été là, le soir où elle est morte. Je chantais.

- Pourquoi reprendre Je n'aurai pas le temps, le tube de Fugain ?
- Surtout pour mon fils de 22 ans, Davy, qui devient comédien, et ne connaissait pas cette chanson.

- Le temps, vieillir, 54 ans, depuis janvier...
- Le temps ne passe pas plus vite. Il passe. Je m'y suis fait. Tant qu'à faire, continuons. Et puis, quand je serai un vieux con, je serai un vieux con. »

Propos recueillis par Alain LAVILLE

(1) La peine de mort.
(2) Ils se sont mariés le 11 octobre 1999.


Site de Nice Matin : http://portail.nicematin.fr