Vous dites qu'il
s'agit de votre
dernière
tournée.
N'aviez-vous pas
déjà prétendu
que vous
arrêteriez de
chanter à 60 ans
?
Non, j'avais dit
à 47 ans, mais
j'exagérais un
peu. Je
n'arrêterai pas
la scène mais de
faire 140-150
dates de suite
comme je le fais
depuis très
longtemps. En
plus, cette
tournée est
magnifique,
c'est le bon
moment. Ce n'est
pas que ça me
plaise plus mais
j'ai envie de
passer à autre
chose, au cinéma
et au théâtre.
En quoi cette
tournée est-elle
«Hors format» ?
C'est toujours
un homme qui
entre sur scène.
Qu'il parle ou
qu'il chante,
c'est toujours
la même chose.
J'ai mis les
moyens dans la
qualité
musicale, le
son, les
lumières. Et
dans l'humour,
pour que ce soit
surprenant et
drôle. On
s'amuse beaucoup
plus qu'on ne le
croit à mes
concerts.
Vraiment ? Vous
avez l'air
toujours si
grave sur les
photos. Vous
êtes drôle ?
Petit déjà, sur
les photos de
classe, je ne
suis pas gai du
tout. Je n'aime
pas poser, je ne
le cache pas.
Quand je souris,
je me trouve un
peu con. Ce qui
ne veut pas dire
que je suis
quelqu'un
d'austère, de
sévère, de
triste dans la
vie, pas du
tout.
On a dit
qu'«Allons
danser», titre
phare de votre
disque,
reprenait les
idées de
Sarkozy. C'est
une de vos
chansons la plus
personnelle, ou
la plus
politique ?
Les deux mon
général ! Je me
laisse parfois
aller à des
prises de
position, qui
m'ont valu une
légende tenace,
une étiquette
assez plantée.
Mais là, j'ai
écrit «Allons
danser» il y a
une année et
demie donc bien
avant la bagarre
électorale. Elle
n'a donc pas de
rapport avec
l'actualité
politique. J'ai
voulu m'amuser
en montrant le
côté répétitif
des campagnes :
«nous allons
faire ci, cela,
réussir là où
les camarades
ont échoué.» Or
les gens
rencontrés au
hasard me
semblaient
fatigués des
discours: ils
voulaient moins
de promesses
jamais tenues
(baisse des
impôts,
réduction de la
fracture
sociale) mais
plus de
propositions
pragmatiques.
C'est une
chanson engagée
dégagée : ne
prenons pas les
discours au pied
de la lettre, et
allons danser...
Mais quand vous
appelez les
immigrants au
respect, ne
craignez-vous
pas qu'on vous
tombe dessus
comme dans les
années 70 ?
Non, parce que
cette chanson
est certes une
prise de
position, mais
elle est calme.
J'ai eu une
époque où je
tendais le bâton
pour me faire
battre : j'étais
beaucoup plus
jeune, c'était
moins pensé,
plus brut de
décoffrage.
Vous n'écrieriez
plus «Le temps
des colonies» ?
Si ! Mais la
connerie, en
chanson, c'est
que le deuxième
degré n'existe
pas. Je ne suis
pas
colonialiste,
vous le savez
aussi bien que
moi. J'ai cru
que les gens se
foutraient de la
gueule de ce
gars qui disait
«moi monsieur
j'ai fait les
colos» mais
manque de bol,
en chanson ça ne
passe pas.
C'était de ma
faute, une
erreur. Je
n'aurais pas dû.
Ça m'a valu ce
que vous
savez...
Oui, des
tournées
compliquées,
avec des
manifestations
violentes...
Il n'y en a eu
qu'une,
n'exagérons pas
quand même! Je
ne suis pas un
fléau. Vrai qu'à
l'époque,
c'était très
manichéen, il y
avait deux camps
très tranchés.
Et il faut bien
le dire, j'étais
le seul chanteur
de droite. Donc
la cible idéale
pour me faire
casser la
gueule. Ce qui
ne me gênait
absolument pas.
Qu'est-ce qui
vous a fait
réagir ?
Quand on m'a dit
que «Les vieux
mariés» étaient
une chanson
sexiste. J'ai
dit merde, non !
Je veux bien que
«Je suis pour»,
oui, est une
chanson engagée,
mais elle est
tombée au
mauvais moment,
lors de
l'arrestation de
Patrick Henry
(30 janvier
1976), ce que je
ne pouvais pas
prévoir (ndlr:
le procès
aboutira à
l'abolition de
la peine de
mort). C'était
un mauvais choix
de titre : elle
aurait dû
s'intituler «La
loi du Talion»
et non «Je suis
pour». On
m'avait prévenu
mais têtu comme
je suis, j'avais
dit «allez vous
faire foutre,
j'appelle comme
je veux, je les
emmerde». Et
j'en ai pris, à
juste titre,
plein la gueule.
Qu'en
pensez-vous avec
le recul ?
C'était d'autant
plus ridicule
que je suis
convaincu
aujourd'hui que
la peine de mort
n'est pas
dissuasive. Je
me suis retrouvé
en porte-à-faux
pendant des
années avec une
étiquette. Mais
si on devait
m'allumer
aujourd'hui
parce que j'ai
écrit «Bienvenu
chez moi
seulement
respectez ceux
qui sont venus
avant vous», ce
serait à y
perdre son
latin...
Vous fascinez
autant que vous
irritez. Comment
le vivez-vous ?
Honnêtement ? Ça
m'amuse. Parce
que les deux
sentiments sont
très exagérés.
Je peux avoir
tort mais je
n'ai pas à
exaspérer à ce
point-là, ni à
être idolâtré.