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Michel Sardou livre son évangile. Tout Concorde
CD La star sort 22 nouvelles chansons demain. Certaines resteront parmi ses meilleures. Avant-goût.

Le Matin : Samedi 11 novembre 2006.

Michel Sardou
LE MASQUE Eh oui! Michel Sardou tire encore la gueule! «Parce que, dit-il, quand il sourit, ça lui fait un gros nez.» Photo DR

 

Menacé par la soixantaine mais toujours lucide, Michel Sardou chante désormais «J'ai moins d'avenir que de passé». Cette urgence lui réussit, puisqu'il sort demain lundi une nouveauté baptisée «Hors format». Un titre inhabituel pour ces deux CD effectivement événementiels. Sur la forme, il s'agit tout simplement du premier double album de la carrière du chanteur, soit vingt-deux nouveaux titres à découvrir (dont sept à huit tubes en puissance).

Outre la quantité, la qualité de cet album «Hors format» est également inhabituelle. Michel Sardou y revisite ses sujets de prédilection pour nous livrer plusieurs refrains qui resteront dans les meilleurs de sa discographie. Des paroles que l'on découvre avec l'impression troublante d'écouter le croisement improbable d'un best of et d'un album testament.

Jamais, par exemple, cet artiste pudique n'avait autant livré de son intimité que dans «Les yeux de mon père». L'un des textes les plus personnels et touchants que Sardou ait jamais pondus sur sa famille. Une chanson où il regrette sa rencontre manquée avec son «spectateur» de père. «Si j'avais été moins fier, si j'avais fait un pas vers lui, au lieu de le fuir et me taire, j'aurais mieux compris ma vie. Au lieu de me cacher sous terre, d'aimer ma mère plus fort que lui, si seulement c'était à refaire, (...) j'aurais tout appris de lui.»

Requiem pour le Concorde

S'il est une chose que Michel Sardou n'a heureusement pas apprise, c'est de fermer sa gueule. Il s'en est souvenu, et sa verdeur retrouvée participe de la vitalité réjouissante de l'album. Après nous avoir prévenu que, «pour les provocations, (il n'est) plus un homme pressé», le naturel revient bien vite. Le chanteur populaire y va de ses coups de sang attendus, et retrouve notamment sur «L'évangile de Robert» le vocabulaire un peu rude («cons», «connard», «abruti») qui le caractérisait durant sa jeunesse.

Un nouveau refrain intitulé «Les villes hostiles» fait écho à ses «Villes de solitude» de 1973, où il avait été le premier à évoquer la problématique des banlieues. Sans oublier cet hymne au «Concorde», un requiem à l'avion mythique que l'interprète du «France» et passionné de pilotage ne pouvait pas laisser se crasher sans rien dire.

Il y a aussi ce clin d'oeil de l'interprète des «Ricains» à ses années états-uniennes, avec «L'oiseau tonnerre», et enfin l'improbable revirement de celui qui est devenu une icône franchouillarde en chantant qu'«en France y'a quand même pas cinquante millions d'abrutis» dans les années 1970. Désormais, Sardou a rangé sa cocarde pour rejoindre le camp des «déclinologues». Dans «Allons danser», une chanson qui fera causer, il vitupère désormais contre les inégalités, contre ces nouveaux venus qui oublient de respecter ceux qui sont venus longtemps avant eux, contre ceux qui chargent l'Etat plutôt que de se prendre en charge, avant de lâcher: «Parlons enfin des droits acquis (...). Il faudra bien qu'on en oublie, sous peine de ne plus avoir de droits. Admettons enfin, vous et moi, que nous sommes tous des hypocrites. La vérité ne nous plaît pas, alors on a le pays qu'on mérite.»

L'ensemble devrait suffire à classer ce double album «Hors cadre» dans «les jours avec» plutôt que dans «les jours sans» du chanteur. C'est plutôt rassurant pour un homme qui aurait plus d'avenir que de passé, non?


En collaboration avec Karine Vouillamoz

 

A écouter «Hors format», un double album de Michel Sardou, distr. Universal. Sortie mercredi prochain.
Sur le web « Michel Sardou » « Hors format ».


Site de Le Matin : http://www.lematin.ch