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LE MASQUE Eh oui! Michel Sardou tire encore la gueule!
«Parce
que, dit-il, quand il sourit, ça lui fait un gros nez.»
Photo DR
Menacé par la soixantaine mais
toujours lucide, Michel Sardou chante désormais «J'ai moins
d'avenir que de passé». Cette urgence lui réussit, puisqu'il
sort demain lundi une nouveauté baptisée «Hors format». Un
titre inhabituel pour ces deux CD effectivement
événementiels. Sur la forme, il s'agit tout simplement du
premier double album de la carrière du chanteur, soit
vingt-deux nouveaux titres à découvrir (dont sept à huit
tubes en puissance).
Outre la quantité, la qualité de cet album «Hors format» est
également inhabituelle. Michel Sardou y revisite ses sujets
de prédilection pour nous livrer plusieurs refrains qui
resteront dans les meilleurs de sa discographie. Des paroles
que l'on découvre avec l'impression troublante d'écouter le
croisement improbable d'un best of et d'un album testament.
Jamais, par exemple, cet artiste pudique n'avait autant
livré de son intimité que dans «Les yeux de mon père». L'un
des textes les plus personnels et touchants que Sardou ait
jamais pondus sur sa famille. Une chanson où il regrette sa
rencontre manquée avec son «spectateur» de père. «Si j'avais
été moins fier, si j'avais fait un pas vers lui, au lieu de
le fuir et me taire, j'aurais mieux compris ma vie. Au lieu
de me cacher sous terre, d'aimer ma mère plus fort que lui,
si seulement c'était à refaire, (...) j'aurais tout appris
de lui.»
Requiem pour le Concorde
S'il est une chose que Michel Sardou n'a heureusement pas
apprise, c'est de fermer sa gueule. Il s'en est souvenu, et
sa verdeur retrouvée participe de la vitalité réjouissante
de l'album. Après nous avoir prévenu que, «pour les
provocations, (il n'est) plus un homme pressé», le naturel
revient bien vite. Le chanteur populaire y va de ses coups
de sang attendus, et retrouve notamment sur «L'évangile de
Robert» le vocabulaire un peu rude («cons», «connard»,
«abruti») qui le caractérisait durant sa jeunesse.
Un nouveau refrain intitulé «Les villes hostiles» fait écho
à ses «Villes de solitude» de 1973, où il avait été le
premier à évoquer la problématique des banlieues. Sans
oublier cet hymne au «Concorde», un requiem à l'avion
mythique que l'interprète du «France» et passionné de
pilotage ne pouvait pas laisser se crasher sans rien dire.
Il y a aussi ce clin d'oeil de l'interprète des «Ricains» à
ses années états-uniennes, avec «L'oiseau tonnerre», et
enfin l'improbable revirement de celui qui est devenu une
icône franchouillarde en chantant qu'«en France y'a quand
même pas cinquante millions d'abrutis» dans les années 1970.
Désormais, Sardou a rangé sa cocarde pour rejoindre le camp
des «déclinologues». Dans «Allons danser», une chanson qui
fera causer, il vitupère désormais contre les inégalités,
contre ces nouveaux venus qui oublient de respecter ceux qui
sont venus longtemps avant eux, contre ceux qui chargent l'Etat
plutôt que de se prendre en charge, avant de lâcher:
«Parlons enfin des droits acquis (...). Il faudra bien qu'on
en oublie, sous peine de ne plus avoir de droits. Admettons
enfin, vous et moi, que nous sommes tous des hypocrites. La
vérité ne nous plaît pas, alors on a le pays qu'on mérite.»
L'ensemble devrait suffire à classer ce double album «Hors
cadre» dans «les jours avec» plutôt que dans «les jours
sans» du chanteur. C'est plutôt rassurant pour un homme qui
aurait plus d'avenir que de passé, non?
En collaboration avec Karine
Vouillamoz
A écouter «Hors format», un
double album de Michel Sardou, distr. Universal. Sortie
mercredi prochain.
Sur le web «
Michel Sardou » «
Hors format ».
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