«J'aime bien égorger dans mes
livres. » En répandant vingt-quatre cadavres dès les
premières pages, Romain Sardou n'y va effectivement pas de
main morte. Son nouveau thriller nous emmène dans le New
Hampshire, sur la piste de l'inquiétant Ben O Boz, romancier
obsédé de réalisme. Un Zola du polar prêt à tout pour se
documenter sur les derniers instants d'un agonisant. Comme
son personnage, Romain excelle dans les détails en matière
de médecine légale ou de procédures policières. La
comparaison s'arrête là.
Après avoir déserté tôt l'école (une
tradition chez les Sardou), cet autodidacte s'est d'abord
essayé à l'écriture dramatique. Mais le théâtre se révèle un
cadre trop étroit pour son imagination galopante, dopée par
la lecture de Dumas ou de Walter Scott. En 2002, il vend 280
000 exemplaires de son thriller médiéval, « Pardonnez nos
offenses ». Suivront un autre récit historique et un conte
de Noël, « Du côté de chez Dickens ».
A 32 ans, il se lance pour la première
fois dans un roman contemporain. Et confirme qu'au-delà de
son statut de « fils de » (et « petit-fils de ») il est un
habile tricoteur d'intrigue, qui dispose de plus d'un
rebondissement dans sa pelote. Bon sang de saltimbanque ne
saurait décidément mentir, même derrière une machine à
écrire. Car de la dynastie familiale l'auteur a hérité la
rondeur du visage et des principes. « J'ai appris d'eux une
règle absolue : tu ne joues pas pour toi, mais pour le
public. » Le livre est d'ailleurs dédié à son père, grand
amateur de polars. Michel a eu la primeur de la fiction de
son fils, et il a adoré. « Personne n'y échappera » : voilà
un titre qui a tout d'une prédiction.
« Personne n'y échappera », de Romain Sardou (XO, 352
pages, 19,90 E).