Index Mailing-list Actualité Discographie Vidéos Biographie
Page des fans En savoir plus Recherche Liens Courrier-FAQ Conception
 

Index: Page des fans: Articles:
 

Archives Presse

Le défi permanent
PAR SACHA REINS.
A partir du 12 janvier, le chanteur occupe Bercy pour « dire les choses différemment ». Confidences avant le grand show.

Le Point : 5 janvier 2001, n°1477.


Pendant dix-huit jours, Michel Sardou va occuper Bercy. A part Johnny (qui l'a déjà fait), et peut-être Jean-Jacques Goldman (qui n'a jamais tenté l'aventure), aucun artiste français n'est capable de tenir aussi longtemps dans la plus grande des salles parisiennes. Cela en dit long sur la popularité de ce chanteur qui navigue depuis déjà très longtemps au-dessus des turbulences et des modes. En septembre dernier, « Français », son nouvel album produit par Michel Fugain, s'installa, la semaine de sa sortie, en tête des ventes, dont il ne fut délogé que par Madonna. Depuis, il a trouvé un confortable rythme de croisière et vient déjà de dépasser le cap des 300 000 exemplaires.

Michel Sardou n'a aucune explication particulière sur cette longévité et cette régularité de carrière. Contrairement à toute logique, cet artiste qui, autrefois, fut souvent au centre de vives controverses ne connut jamais de traversée de désert. « Quand on m'interroge sur les raisons de ce succès, je ne sais jamais quoi répondre, explique-t-il. Je pense que la scène y est pour beaucoup, car le disque ne suffit pas. La bataille de la durée se joue sur scène. J'ai eu également la chance d'arriver à une époque où les maisons de disques fonctionnaient autrement. Mon premier disque n'avait pas marché, mon second non plus, ce n'est qu'au troisième que j'ai trouvé mon style, mon identité. Aujourd'hui, on ne m'aurait pas donné une deuxième chance, encore moins une troisième. Les carrières sont météoriques, le marketing a pris trop de place, on parle de format, de cible, tout est uniformisé, c'est absurde. La qualité d'un artiste vient du fait qu'il est unique, qu'il dit les choses différemment de son voisin. »

Dire les choses différemment. La formule est charmante en regard des controverses anciennes. Sardou n'a jamais eu peur de dire « les choses », d'exprimer ses colères, de nager à contre-courant, d'irriter les intellectuels. Il n'a que faire du politiquement correct. Il fut longtemps la cible préférée d'une certaine intelligentsia de gauche qui lui reprochait quelques prises de position radicales et provocatrices. Pour la peine de mort, par exemple. « Pas du tout, corrige-t-il. "Je suis pour" n'était pas une chanson sur la peine de mort, mais sur la loi du talion. Avec, je le concède, un titre terrible. Mais la vie évolue, on bouge : à 20 ans, je percevais le monde d'une certaine façon. J'avais de la raideur d'écriture et des coauteurs qui aimaient charger la mule. C'était une époque manichéenne et je n'étais pas dans le bon camp. Je ne me rendais pas bien compte non plus de la portée des chansons. Pour moi, ce n'étaient que des chansons. Pas des professions de foi. Pour en revenir à la peine de mort, si j'étais convaincu autrefois de sa nécessité, je ne le suis plus aujourd'hui. Cela dit, je suis toujours terriblement choqué et déstabilisé dans mes convictions par certains actes hors normes. » Autrement dit, Michel Sardou est contre la peine capitale, mais si Dutroux était condamné à mort, il ne vivrait pas cela comme un drame.

C'est dans sa maison située en proche banlieue parisienne que Michel Sardou s'est préparé pour Bercy. Il n'est pas inquiet, juste impatient. Il ne voit pas dans cette rentrée de nouveaux défis à relever, ne cherche pas à faire toujours plus fort, toujours plus spectaculaire, mais à continuer un chemin tracé il y a plus de trente ans. « Quand on accumule les effets spéciaux, on ne voit plus le chanteur, dit-il, on ne sait d'ailleurs plus ce qu'on est venu voir. Il ne faut jamais oublier qu'il y a un type au milieu qui chante des chansons et que c'est pour lui que les gens viennent. » Michel a refait installer cette scène centrale qu'il affectionne particulièrement, celle-là même que foula jadis Frank Sinatra. Il en aime les vibrations, la légende et la convivialité. « Quand tu es au dernier rang de Bercy, la scène normale est à 100 mètres et je me demande ce que le public voit. Je ne mets pas d'écrans, je n'aime pas ça, car on ne regarde plus qu'eux. La scène centrale raccourcit les distances et m'oblige à une mise en scène originale. Quelque chose qui à la fois soit rigoureux et me laisse la possibilité d'improviser. »

Michel Sardou sait de quoi il parle quand il évoque les problèmes de mise en scène, d'occupation de l'espace. Depuis quelques années, parallèlement à sa carrière de chanteur, il s'est lancé, avec succès, dans l'aventure théâtrale. Et, en artiste convaincu depuis toujours que son rôle est avant tout de distraire, il explore avec jubilation le répertoire de boulevard. Ce virus, transmis par son père Fernand, avec qui il vécut ses premières émotions d'acteur dans un cabaret de Montmartre, l'a poussé à racheter le Théâtre de la Porte-Saint-Martin, dont il sera officiellement propriétaire le 1er juin 2001. Ce n'est pas la dernière tocade d'un homme qui ne sait que faire de son argent, mais l'aboutissement logique de sa passion des métiers de scène. Il prend ses nouvelles responsablités très au sérieux. Il lit beaucoup de pièces, a demandé à Francis Veber de lui en écrire une et a déjà deux projets en préparation : « L'homme en question », de Félicien Marceau, et la reprise de « L'homme de la Mancha ». On l'y verra dans les deux, et dans la seconde il reprendra le rôle de Jacques Brel.

Pourquoi se lance-t-il dans une aventure artistique financièrement très risquée ? « Je suis joueur, dit-il, et à quoi servirait le jeu si on ne risquait pas de tout perdre ? Dans la direction d'un théâtre, dans le meilleur des cas, on s'en sort, on ne s'enrichit pas. Je ne dors pas tout à fait sereinement, mais je ne fais pas de cauchemars non plus. Et, je tiens à le préciser, je n'ai pas acheté un théâtre pour m'attribuer un rôle dans toutes les productions. Le Théâtre de la Porte-Saint-Martin possède une fosse d'orchestre et une grande scène. On peut y mettre beaucoup de monde et tenter les choses les plus folles. »

 

« Fragile comme du verre »

Sous une façade traditionnelle, Sardou est un aventurier. C'est un solitaire qui se tient volontairement à l'écart des grands rendez-vous télévisuels caritatifs. Ne le cherchez pas dans « Noël ensemble », il n'y est pas. Pas plus qu'il n'était à Sol en Si ou aux Restos du coeur. Insensible aux misères humaines ? Non, simplement pudique. « Je me mets à l'écart exprès, car il y a un côté parade qui me met mal à l'aise, dit-il. J'ai fait le Téléthon, je ne regrette rien, mais ce qui me gêne, c'est qu'on a beau prétendre faire oeuvre de charité, on vient quand même t'enquiquiner avec l'Audimat. Je préfère aider à ma façon. Je choisis un concert dans ma tournée, je demande à mes musiciens de bien vouloir jouer à l'oeil, j'envoie une lettre à la Sacem pour demander aux auteurs de renoncer à leurs droits ce soir-là, et j'envoie discrètement un chèque à Perce-Neige. Je préfère ça à un grand ramdam télévisé. J'y suis mal à l'aise et, comme je ne sais pas cacher mes sentiments, ça se voit. »

Cela entretient la légende de l'homme rongé par ses propres colères qui fait perpétuellement la tronche. Une légende totalement injustifiée, parce qu'il est le contraire de ce qu'il projette. Sardou est sympathique, résolument drôle, généreux et fidèle en amitié. « C'est vrai qu'on ne me connaît pas, dit-il. Je suis beaucoup moins malin qu'on ne le pense, on me croit dur alors que je suis fragile comme du verre. On me prend pour un emmerdeur alors que je n'ai jamais emmerdé personne. Les gens qui bossent avec moi sont les mêmes depuis vingt ans. » Il n'y a pas que des avantages à avoir une grande gueule et une forte personnalité.

A partir du 12 janvier, Palais omnisports de Bercy.
 
Michel Sardou

Né en 1947, fils unique de Fernand Sardou et Jackie Rollin. Sept générations d'acteurs derrière lui. Débute dans les boîtes de Montmartre tout en préparant le Conservatoire. A écrit environ 800 chansons. Auteur de quelques succès pas toujours très bien compris comme « Les Ricains », « J'habite en France », « Le France », « Je suis pour... » Mais aussi « Les bals populaires », « Et mourir de plaisir », « Maladie d'amour », « Les lacs du Connemara »... Marié avec Anne-Marie Périer, directrice de la rédaction d'Elle.

 


Site de Le Point : http://www.lepoint.fr