Une vieille habitude
sans doute, Michel Sardou ne fait jamais les choses une
seule fois. C'est donc trois soirs qu'il a foulé la scène de
Forest National, de jeudi à samedi - avant le doublé des 16
et 17 novembre. Et quand il se déplace, là encore, c'est
rarement seul. Ils sont... quinze autour de lui (dont un
quatuor à cordes et cinq choristes) à donner l'emphase
requise à son incroyable répertoire. Le public venu en masse
(les trois dates affichent complet) est forcément conquis
d'avance. Car venir voir Michel Sardou en concert, c'est un
peu comme aller visiter un vieux parent dont on connaît par
coeur toutes les manies. Quoique, en quarante ans, le
Français a commis tellement de choses que parfois la mémoire
lui joue des tours. La preuve à mi-concert lorsque le
presque sexagénaire, arguant qu'il ne pourra chanter la
chanson préférée de chacun, invite le public à chanter
celle-ci, "sans vous concerter ni vous préoccuper de ce
que fait votre voisin". Débute alors au quart de tour
une inévitable cacophonie qu'il arrête d'un "bon, c'est
un peu bordélique". Mais là n'est pas le plus important.
L'exercice servira la cause
d'une prise de contact avec la salle, à laquelle on ne
croyait plus tant les chansons se succédaient jusqu'alors
comme sur un juke-box s'éteignant entre deux disques. Sardou
refait donc l'histoire de sa carrière à travers moult
anecdotes et extraits de son répertoire que la salle entonne
a cappella, parfois en sa compagnie. Y passent "La maladie
d'amour", "Femmes des années 80" (avec en renfort une grosse
caisse), "Je veux l'épouser pour un soir", "Le rire du
sergent", "Les Ricains", "Musulmanes", "La java de
Broadway", "Quand j'étais petit garçon"...
Avant de terminer ce voyage
dans le temps de plus d'une demi-heure, par un double
hommage à ses parents : "Aujourd'hui peut-être" (naguère
chanté avec son père), suivi du sketch "Maman" - et cette
impression folle que sa mère est bel et bien présente.
L'homme attaque alors la
dernière ligne droite, faisant la part belle à ses deux
derniers albums ("Espérer", "Loin", "Valentine Day") et aux
incontournables "Lacs du Connemara", à la rythmique
judicieusement accélérée. Le final est posé à mort, jusque
dans la caricature, jambes écartées, mains tendues vers le
public, lequel méritait pourtant sa part d'applaudissements.
Mais là n'est pas le plus important.
V.B.
|