
A 57 ans,
entouré d'ours en tout genre, il aime à se définir comme un
"ours sympathique". Et depuis près de quarante ans, le public
l'aime bien. Il l'a même élu à la deuxième place de notre
sondage des personnalités préférées des français. C'est dire.
Michel Sardou fait partie des meubles, entre coups de gueule
et coups de coeur. Avec l'âge, il a appris à se confier. Après
une pause au théâtre (et avant de jouer L'emmerdeur en
2006), Sardou revient à la chanson. Les télés lui déroulent
alors le tapis rouge : Chanson n°1 samedi, Vivement
dimanche le 9 mai. Quand son ami Johnny claque la porte d'Universal,
lui pousse la porte de cette maison de disques. Et salue le
professionnalisme de Pascal Nègre avec lequel il signe Du
plaisir, son 21è album.
Pourquoi ce titre ?
J'ai pris
beaucoup de plaisir à le faire. J'ai accouché de cet album
sans douleur, ce qui est assez rare. Je me suis senti libre
comme l'air. Et j'ai retrouvé avec toute l'équipe l'esprit de
groupe de ma jeunesse.
Est-ce La passion du Christ qui vous a inspiré Loin,
le premier titre ?
Cette chanson
n'a rien à voir avec la religion même si elle a un côté
mystique. Elle parle d'un homme qui se dépouille pour mieux se
connaître. Nous avons tourné le clip en Argentine, là où le
personnage de Robert De Niro dans Mission cherchait sa
rédemption.
Cet album comporte son lot de chansons d'amour et de désamour.
Le bonheur vous rend nostalgique ?
Toute chanson
est un peu nostalgique. Mais il est vrai que cet album est
plus humain, plus universel. Dans chaque texte, il y a 10% de
moi, le reste est un rôle. J'écris pour un personnage.
"Le premier
amour est toujours le plus fort / Il reste la rive et le port".
Est-ce en pensant à Anne-Marie Périer que vous avez écrit
Je n'oublie pas ?
(Il sourit.)
Une chanson, c'est le public qui se l'écrit. Je lui donne les
ingrédients pour qu'il puisse se faire son propre film dans la
tête. Il faut qu'il puisse se reconnaître, se retrouver,
s'approprier un texte. A contrario, je ne règle pas mes
comptes dans une chanson : un texte est trop court.
Il y est aussi question de vie et de mort...
Ce n'est pas
un album testament, même si j'avais envie d'aborder ces
thèmes. Dans Non merci, je voulais prendre le
contre-pied de If de Rudyard Kipling : Tu seras un
homme, mon fils.
Dans Ce n'est qu'un jeu, il est question des
paparazzis...
Je les aime
bien, avec moi ils se sont toujours bien conduits. Il faut
dire que je n'ai jamais été assez con pour aller m'asseoir à
une terrasse de café de Saint-Tropez avec une autre femme que
la mienne. Je choisirais plutôt d'aller à Dunkerque !
A une époque, Guy Bedos disait : "Sardou, il chante juste et
il pense faux".
J'ai toujours
trouvé très drôle cette critique. J'ai longtemps été un
chanteur engagé comme le bourgeois gentilhomme, sans le
savoir. J'ai souvent défendu des positions rarement
majoritaires dans le milieu : je n'étais pas de gauche.
Aujourd'hui, je serais plutôt comme Jean Valjean, au pied de
la barricade. Je n'avais pas envie là de me lancer dans une
diatribe. La situation générale ne m'inspire pas de la
musique...
A l'occasion du soixantième anniversaire du Débarquement, le
public redécouvrira-t-il votre chanson Les Ricains ?
J'espère que
le public va se souvenir qu'ils sont venus. L'Amérique ne se
limite pas à George Bush. Les Américains sont nos amis et nos
alliés. Et je pense que cet anniversaire est l'occasion de
leur donner un coup de main alors qu'ils sont dans la merde en
Irak. Un geste de l'Etat français me ferait plaisir.
Est-ce votre nouvelle maison de disques, Universal, qui vous a
imposé de participer à la Star Ac' l'hiver dernier ?
Ca fait
partie du contrat, autrement je ne justifie plus mon salaire
auprès de ma maison de disques, qui met le paquet pour mon
nouvel album. Il faut le prendre avec philosophie et
amusement. Mais ne me demandez pas si ces jeunes ont un
avenir, si on les reverra dans vingt ans.
En octobre l'Olympia, en février 2005 le Palais des sports.
Est-ce parce que Nicolas Sarkozy occupe Bercy que vous avez
décidé de changer de salle ?
(Sourire.)
Je
referai peut être un jour Bercy. Et pourquoi pas comme Bruce
Springsteen, seul à la guitare ? En attendant, je ferai en
effet ces deux salles, sans donner l'impression de voler le
public de l'Olympia.
Qu'inspire au directeur du Théâtre de la Porte-Saint-Martin le
problème des intermittents ?
Ca ne date
pas d'hier. En France, on commence à s'attaquer aux problèmes
quand ils sont brûlants. Ca fait quinze ans que celui-ci
couve. Ce ne sont pas des mendiants. Pour devenir musicien, il
faut douze ans, comme un médecin. Moi aussi, j'ai couru le
cachet, je suis un intermittent comme les autres. Je souhaite
qu'on trouve un terrain d'entente.
En 2000, vous déclariez au sujet de votre ancien parolier
Pierre Delanoë : "Nous n'avons jamais vraiment été amis."
Au début du mois, il a dit de vous : "C'est un salaud
mais il a du talent..."
Je n'ai pas
été salaud avec lui, j'ai dit que c'était un con et un aigri.
Il n'a eu que des succès. Il vient encore se plaindre. Je
maintiens : c'est un con.
Votre ami Eddy Mitchell vous reproche d'être enfermé dans
votre "île de crétins"...
Il aurait
mieux fait de fermer sa gueule ce jour-là. A vouloir faire un
bon mot, il ne peut plus poser un pied en Corse.
Vous chantez pour la première fois en duo.
Bardot
(Didier Barbelivien) m'a écrit La rivière de notre enfance,
l'occasion de retrouver Garou et de prouver que deux voix
fortes comme les nôtres ne se gênaient pas.
Et de rajeunir aussi votre public ?
Je ne
cherche pas à écrire pour un public jeune, je ne sais pas
faire. Le jeunisme ne m'intéresse pas. Le public aime que je
sois sincère.
Propos recueillis par Alexandre Dinin