L'un des
évènements musicaux de la rentrée musicale c'est Français,
le nouvel album de Michel Sardou. Un disque national où l'on retrouve
l'esprit du chanteur mais aussi les mots de Didier Barbelivien et les
mélodies de Michel Fugain. Rencontre dans sa propriété de
Neuilly-sur-Seine.
Fr. Soir : Qu'avez-vous fait depuis deux ans, époque de votre dernier
album qui a été suivi d'une longue série de concerts à Bercy ?
M.S. : J'ai joué au théâtre, j'ai écrit des
chansons et puis il y a eu des chamboulements dans ma vie privée...
J'étais très occupé, je n'ai quasiment pas pris de vacances,
d'autant que j'ai débuté cet album il y a un an. J'ai commencé à
travailler seul sur des ébauches de chansons et mon envie forte
d'écrire. Et puis, Didier Barbelivien m'a rejoint avec ses propres
idées et ses bouts de rimes.
Fr. Soir : Didier Barbelivien a
écrit ou co-écrit avec vous la majorité des chansons. Quelles sont
ses qualités ?
M.S. : Il a souvent des idées très originales et il
arrive toujours avec quelque chose. Par exemple, avant d'écrire La
Bataille, il m'a juré qu'il écrirait quelque chose sur la base
d'une seule rime et d'un seul thème musical. Je lui affirmais le
contraire, qu'il n'y parviendrait jamais. Et pourtant ! En outre,
c'est un auteur flexible capable d'écrire aussi bien au féminin
qu'au masculin et de se mettre à la disposition de plusieurs
personnalités. Bref, c'est un véritable auteur de chanson.
Fr. Soir : En ouvrant le livret on
découvre que Michel Fugain a signé toutes les musiques et a
réalisé l'album. C'est un mariage inattendu : Sardou-Fugain !
M.S. : Nous ne nous étions pas revu depuis des
années. Au départ, j'avais tous les textes et je lui ai proposé de
les prendre et de voir s'ils l'inspiraient ou non. Finalement, il a
tout fait jusqu'à réaliser l'album. En fait, je l'ai engagé à
contre-emploi parce que d'ordinaire, il compose la musique avant
d'écrire. Il a tellement aimé travailler de cette manière qu'il ne
veut plus faire que ça !
Fr. Soir : Jadis, vous étiez
perçu comme un chanteur par qui le scandale arrivait. Ce n'est plus
le cas...
M.S. : Parce qu'il ne faut pas que la provocation
devienne un métier. Les années 70 étaient des années
manichéennes. On trouvait sur tous les sujets des partisans
formidables et des adversaires remarquables. Et si mes chansons
faisaient scandale c'était parce qu'à travers elles je prenais
position. Quand je les écoute aujourd'hui, je me dis qu'il n'y avait
pas de quoi faire tant de bruit mais sur le moment, c'était chaud.
Fr. Soir : Remarquez, dans cet
album, il y a Français, dans le genre provocateur...
M.S. : En quoi, selon vous, cette chanson qui donne son
titre à l'album pourrait-elle faire scandale ?
Fr. Soir : La chanson en elle-même
n'est pas provocatrice, mais la formulation : «J'aime les Français, même ceux que je n'aime pas», peut questionner.
M.S. : Quels sont ces Français que je n'aime pas ?
Mais ce n'est pas le sujet de la chanson. Je dis simplement que je la
prends et l'aime telle qu'elle est. Prenons l'histoire de la Révolution
Française : elle commence à l'époque des Lumières : «Ma liberté
s'arrête où la vôtre commence», c'est formidable. Après, c'est la
Révolution. L'une étant la conséquence de l'autre, je prends tout
parce que l'un ne va pas sans l'autre.
Fr. Soir : Ce n'est pas «la France aux
Français» ?
M.S. : Non, pas du tout. Si j'ai envie de chanter la
France aux Français, croyez-moi, j'ai assez de couilles pour le
faire. Là, c'est simplement historique, ce n'est pas du tout actuel,
c'est la Révolution, les Régions... La France aux Français est une
idée qui m'est étrangère. Suis-je moi-même un Français de pure
souche ? Il faudrait qu'on me le prouve. Cela dit, même si je l'ai
fait un peu exprès, il ne faut pas faire dire autre chose aux
chansons que ce qu'elles signifient. Je n'y fais pas un choix de
France, je dis simplement que j'aime tout. Ce qui ne veut pas dire non
plus que j'aime tout le monde béatement. Mais je suis formel,
j'évacue toutes sortes de rapprochements avec ces idées-là.
Fr. Soir : La chanson débute par
l'introduction des Ricains, l'une des toutes premières chansons.
C'est un clin d'oeil ?
M.S. : C'est une chanson qui est l'inverse des Ricains. Ce qui me faisait rêver autrefois me séduit beaucoup moins
aujourd'hui. Pendant dix ans, j'ai passé mes vacances en Amérique,
j'avais même une maison là-bas. J'en suis revenu, je suis mieux ici
croyez-moi. Là-bas, je ne me suis pas fait un seul ami en dix ans !
Eddie et Johnny aussi en sont revenus. On dit que tout y est plus
rapide, mais... J'ai fait construire une maison, c'est du bidon, c'est
pour la frime, au bout de cinq ans, il fallait la refaire
entièrement.
Fr. Soir : Pourquoi les Français
vous aiment-ils tellement ?
M.S. : Parce que je suis aimable (rire). Je pense que
je leur fais des chansons et des spectacles qu'ils aiment. Je veux que
mes spectacles soient très bons parce que je n'ai pas envie de les
déranger pour rien, les faire venir à Bercy en janvier alors qu'on
se gèle les miches, qu'il n'y a pas de parking... Il ne faut pas
donner un show aléatoire ou alors on les perd à jamais. En revanche,
si le spectacle est bon, si on leur donne des émotions diverses, c'est
gagné. Et puis je pense que dans mes chansons, j'exprime des
sentiments qu'ils ressentent intérieurement. Il ne s'agit pas de les
caresser dans le sens du poil mais de mettre des mots sur ce qu'ils
ressentent. Ils m'aiment peut-être aussi parce que je leur ressemble.
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