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Interview : "La France selon Sardou"
PAR STEPHANE BES Après deux ans d'absence, le chanteur revient avec Barbelivien, Fugain et un album sous le bras.

France Soir : Lundi 11 septembre 2000.


L'un des évènements musicaux de la rentrée musicale c'est Français, le nouvel album de Michel Sardou. Un disque national où l'on retrouve l'esprit du chanteur mais aussi les mots de Didier Barbelivien et les mélodies de Michel Fugain. Rencontre dans sa propriété de Neuilly-sur-Seine.

Fr. Soir : Qu'avez-vous fait depuis deux ans, époque de votre dernier album qui a été suivi d'une longue série de concerts à Bercy ?

M.S. : J'ai joué au théâtre, j'ai écrit des chansons et puis il y a eu des chamboulements dans ma vie privée... J'étais très occupé, je n'ai quasiment pas pris de vacances, d'autant que j'ai débuté cet album il y a un an. J'ai commencé à travailler seul sur des ébauches de chansons et mon envie forte d'écrire. Et puis, Didier Barbelivien m'a rejoint avec ses propres idées et ses bouts de rimes.

Fr. Soir : Didier Barbelivien a écrit ou co-écrit avec vous la majorité des chansons. Quelles sont ses qualités ?
M.S. : Il a souvent des idées très originales et il arrive toujours avec quelque chose. Par exemple, avant d'écrire La Bataille, il m'a juré qu'il écrirait quelque chose sur la base d'une seule rime et d'un seul thème musical. Je lui affirmais le contraire, qu'il n'y parviendrait jamais. Et pourtant ! En outre, c'est un auteur flexible capable d'écrire aussi bien au féminin qu'au masculin et de se mettre à la disposition de plusieurs personnalités. Bref, c'est un véritable auteur de chanson.

Fr. Soir : En ouvrant le livret on découvre que Michel Fugain a signé toutes les musiques et a réalisé l'album. C'est un mariage inattendu : Sardou-Fugain !
M.S. : Nous ne nous étions pas revu depuis des années. Au départ, j'avais tous les textes et je lui ai proposé de les prendre et de voir s'ils l'inspiraient ou non. Finalement, il a tout fait jusqu'à réaliser l'album. En fait, je l'ai engagé à contre-emploi parce que d'ordinaire, il compose la musique avant d'écrire. Il a tellement aimé travailler de cette manière qu'il ne veut plus faire que ça !

Fr. Soir : Jadis, vous étiez perçu comme un chanteur par qui le scandale arrivait. Ce n'est plus le cas...
M.S. : Parce qu'il ne faut pas que la provocation devienne un métier. Les années 70 étaient des années manichéennes. On trouvait sur tous les sujets des partisans formidables et des adversaires remarquables. Et si mes chansons faisaient scandale c'était parce qu'à travers elles je prenais position. Quand je les écoute aujourd'hui, je me dis qu'il n'y avait pas de quoi faire tant de bruit mais sur le moment, c'était chaud.

Fr. Soir : Remarquez, dans cet album, il y a Français, dans le genre provocateur...
M.S. : En quoi, selon vous, cette chanson qui donne son titre à l'album pourrait-elle faire scandale ?

Fr. Soir : La chanson en elle-même n'est pas provocatrice, mais la formulation : «J'aime les Français, même ceux que je n'aime pas», peut questionner.
M.S. : Quels sont ces Français que je n'aime pas ? Mais ce n'est pas le sujet de la chanson. Je dis simplement que je la prends et l'aime telle qu'elle est. Prenons l'histoire de la Révolution Française : elle commence à l'époque des Lumières : «Ma liberté s'arrête où la vôtre commence», c'est formidable. Après, c'est la Révolution. L'une étant la conséquence de l'autre, je prends tout parce que l'un ne va pas sans l'autre.

Fr. Soir : Ce n'est pas «la France aux Français» ?
M.S. : Non, pas du tout. Si j'ai envie de chanter la France aux Français, croyez-moi, j'ai assez de couilles pour le faire. Là, c'est simplement historique, ce n'est pas du tout actuel, c'est la Révolution, les Régions... La France aux Français est une idée qui m'est étrangère. Suis-je moi-même un Français de pure souche ? Il faudrait qu'on me le prouve. Cela dit, même si je l'ai fait un peu exprès, il ne faut pas faire dire autre chose aux chansons que ce qu'elles signifient. Je n'y fais pas un choix de France, je dis simplement que j'aime tout. Ce qui ne veut pas dire non plus que j'aime tout le monde béatement. Mais je suis formel, j'évacue toutes sortes de rapprochements avec ces idées-là.

Fr. Soir : La chanson débute par l'introduction des Ricains, l'une des toutes premières chansons. C'est un clin d'oeil ?
M.S. : C'est une chanson qui est l'inverse des Ricains. Ce qui me faisait rêver autrefois me séduit beaucoup moins aujourd'hui. Pendant dix ans, j'ai passé mes vacances en Amérique, j'avais même une maison là-bas. J'en suis revenu, je suis mieux ici croyez-moi. Là-bas, je ne me suis pas fait un seul ami en dix ans ! Eddie et Johnny aussi en sont revenus. On dit que tout y est plus rapide, mais... J'ai fait construire une maison, c'est du bidon, c'est pour la frime, au bout de cinq ans, il fallait la refaire entièrement.

Fr. Soir : Pourquoi les Français vous aiment-ils tellement ?
M.S. : Parce que je suis aimable (rire). Je pense que je leur fais des chansons et des spectacles qu'ils aiment. Je veux que mes spectacles soient très bons parce que je n'ai pas envie de les déranger pour rien, les faire venir à Bercy en janvier alors qu'on se gèle les miches, qu'il n'y a pas de parking... Il ne faut pas donner un show aléatoire ou alors on les perd à jamais. En revanche, si le spectacle est bon, si on leur donne des émotions diverses, c'est gagné. Et puis je pense que dans mes chansons, j'exprime des sentiments qu'ils ressentent intérieurement. Il ne s'agit pas de les caresser dans le sens du poil mais de mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. Ils m'aiment peut-être aussi parce que je leur ressemble.


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