C'est un signe. Dans son premier
salon, au rez de chaussée de son hôtel particulier de Neuilly, le
piano a disparu. Le tapis à tête de panthère, aussi. C'est qu'entre
temps, Michel Sardou s'est remarié (avec Anne-Marie Périer, fille de
François et ex-patronne de "ELLE"), s'est acheté un
théâtre (la Porte Saint-Martin), et a mis en sourdine sa carrière
de chanteur. En lieu et place du piano blanc, des canapés. Face au
jardin, un fauteuil avec repose-pieds, et une petite table.
"C'est ici, que je lis les pièces que je reçois." Tout un
symbole. A l'affiche de son propre théâtre, il interprète le héros
de L'Homme en question, une pièce de Félicien Marceau. Brigitte
Fossey lui donne la réplique.
France-Soir : Monsieur Jaune est un type odieux. Vous l'aimez ?
Michel Sardou : J'adore jouer les mecs atroces ! (rires). Si
je devais choisir entre Jésus et Judas, je prendrais Judas !
F.S. : Votre "héros" a la haine de son gendre. Vous pouvez
le comprendre ?
M.S. : Il est caricatural, bien sûr. Je connais des pères
très possessifs avec leurs filles. Grâce à Dieu, j'ai été un père
plutôt, disons, éloigné. Mais pas si mauvais, quand même.
F.S. : Quels conseils vous donnait François Périer, votre beau-père
?
M.S. : "Fais les rire, fais les pleurer; mais ne les
fait jamais chier." Il avait raison. Moi passées deux heures
trente de spectacle, si je suis spectateur, j'ai mal au fesses. C'est
mauvais signe.
F.S. : La longueur était d'ailleurs la faiblesse de
"Conversation avec mon père". Son échec vous a déstabilisé
?
M.S. : Tout directeur de théâtre connaît des bides. Cela
fait partie du métier, et cela m'arrivera encore. La pièce n'était
pas mauvaise. Il fallait juste la dégraisser. Je sais, désormais,
qu'il faut signer une pièce, une fois les coupes faites.
F.S. : Quels projets et quels acteurs espérez vous pour votre théâtre
?
M.S. : "Le Quatuor" viendra en janvier. Pour
septembre 2003, Francis Weber a fini d'écrire "L'Emmerdeur",
nous travaillons la distribution. Quant à Jean-Claude Risville, je
lui ai demandé une sorte de "Dr Jekill et Mr Hyde". Et si
Luchini cesse de lire ses livres en scène, il est le bienvenu. Mais
l'important, c'est vraiment de trouver de bonnes histoires.
F.S. : Vous avez fait des "adieux" à la chanson. C'est très
sérieux ?
M.S. : C'est avant tout une question de planning. On ne peut
pas jouer, diriger un théâtre, et chanter. Aujourd'hui, avec la
technologie actuelle, il faut trois ans pour faire un disque. C'est
aussi long qu'un film ! J'ai ensuite l'impression d'avoir fait le tour
des salles. Que faire après six Bercy ? Rien, car je ne me vois pas
au Stade de France.
F.S. : Vous étiez pro-Chirac en 1995, chiraquien désabusé ensuite.
On vous a peu entendu, après le 21 avril.
M.S. : Je ne crois plus tellement à l'artiste engagé.
J'aime bien Jacques, et je l'ai longtemps défendu, puis il m'a déçu.
En avril, j'étais en tournée. J'ai dit qu'il fallait stopper Le Pen,
parce que c'est une évidence. Mais je regrette l'absence de Jospin au
second tour. Et je crois que la droite actuelle doit se souvenir
qu'elle doit son élection à la France entière.
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