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Interview : "J'adore jouer les mecs atroces"
Michel Sardou interprète Monsieur Jaune dans L'Homme en question.

France Soir : Jeudi 5 septembre 2002.


C'est un signe. Dans son premier salon, au rez de chaussée de son hôtel particulier de Neuilly, le piano a disparu. Le tapis à tête de panthère, aussi. C'est qu'entre temps, Michel Sardou s'est remarié (avec Anne-Marie Périer, fille de François et ex-patronne de "ELLE"), s'est acheté un théâtre (la Porte Saint-Martin), et a mis en sourdine sa carrière de chanteur. En lieu et place du piano blanc, des canapés. Face au jardin, un fauteuil avec repose-pieds, et une petite table. "C'est ici, que je lis les pièces que je reçois." Tout un symbole. A l'affiche de son propre théâtre, il interprète le héros de L'Homme en question, une pièce de Félicien Marceau. Brigitte Fossey lui donne la réplique.


France-Soir : Monsieur Jaune est un type odieux. Vous l'aimez ?
Michel Sardou :
J'adore jouer les mecs atroces ! (rires). Si je devais choisir entre Jésus et Judas, je prendrais Judas !

F.S. : Votre "héros" a la haine de son gendre. Vous pouvez le comprendre ?
M.S. :
Il est caricatural, bien sûr. Je connais des pères très possessifs avec leurs filles. Grâce à Dieu, j'ai été un père plutôt, disons, éloigné. Mais pas si mauvais, quand même.

F.S. : Quels conseils vous donnait François Périer, votre beau-père ?
M.S. :
"Fais les rire, fais les pleurer; mais ne les fait jamais chier." Il avait raison. Moi passées deux heures trente de spectacle, si je suis spectateur, j'ai mal au fesses. C'est mauvais signe.

F.S. : La longueur était d'ailleurs la faiblesse de "Conversation avec mon père". Son échec vous a déstabilisé ?
M.S. :
Tout directeur de théâtre connaît des bides. Cela fait partie du métier, et cela m'arrivera encore. La pièce n'était pas mauvaise. Il fallait juste la dégraisser. Je sais, désormais, qu'il faut signer une pièce, une fois les coupes faites.

F.S. : Quels projets et quels acteurs espérez vous pour votre théâtre ?
M.S. :
"Le Quatuor" viendra en janvier. Pour septembre 2003, Francis Weber a fini d'écrire "L'Emmerdeur", nous travaillons la distribution. Quant à Jean-Claude Risville, je lui ai demandé une sorte de "Dr Jekill et Mr Hyde". Et si Luchini cesse de lire ses livres en scène, il est le bienvenu. Mais l'important, c'est vraiment de trouver de bonnes histoires.

F.S. : Vous avez fait des "adieux" à la chanson. C'est très sérieux ?
M.S. :
C'est avant tout une question de planning. On ne peut pas jouer, diriger un théâtre, et chanter. Aujourd'hui, avec la technologie actuelle, il faut trois ans pour faire un disque. C'est aussi long qu'un film ! J'ai ensuite l'impression d'avoir fait le tour des salles. Que faire après six Bercy ? Rien, car je ne me vois pas au Stade de France.

F.S. : Vous étiez pro-Chirac en 1995, chiraquien désabusé ensuite. On vous a peu entendu, après le 21 avril.
M.S. :
Je ne crois plus tellement à l'artiste engagé. J'aime bien Jacques, et je l'ai longtemps défendu, puis il m'a déçu. En avril, j'étais en tournée. J'ai dit qu'il fallait stopper Le Pen, parce que c'est une évidence. Mais je regrette l'absence de Jospin au second tour. Et je crois que la droite actuelle doit se souvenir qu'elle doit son élection à la France entière.


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