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Théâtre : Michel Sardou, trapéziste sans filet
Il joue « L'homme en question » de Félicien Marceau à la Porte-Saint-Martin, dans une mise en scène de Jean-Luc Tardieu.

Le Figaro : Samedi 30 août 2002.

Brigitte Fossey et Michel Sardou
Le texte de Félicien Marceau est allé droit au coeur de Michel Sardou. Il évoque un homme qui se remet en question et passe sa vie au crible sous le regard de sa conscience (Brigitte Fossey).

Michel Sardou, pour la troisième fois, monte sur les planches comme comédien. Après deux comédies Bagatelle (s) au Théâtre de Paris, puis Comédie privée de Jean-Loup Dabadie d'après Neil Simon, il a choisi une pièce complexe, subtile, une pièce qui tourne le dos à la facilité et prouve que l'homme ose voyager sur des planètes ambitieuses, L'Homme en question de Félicien Marceau, mise en scène par Jean-Luc Tardieu.

« Pour la première fois, je sors du sur mesure, reconnaît-il. Je ne joue pas au théâtre pour passer le temps. Ce n'est pas une pièce de plus que je veux inscrire à mon palmarès, mais je tente de jouer des personnages complexes, c'est une recherche d'excellence, appelez-le comme vous voulez. Devenir comédien, ce n'est pas un passe-temps mais une passion. » Il prend des risques, tout ce qu'il aime et tant pis si son entourage, moins ardent, a des mouvements d'humeur. « Je reste directeur de la Porte-Saint-Martin. Je tiens ferme le cap. Arrêtons de se plaindre. Nous avons connu un gros succès avec Palmade- Laroque. Ensuite, c'est vrai nous avons essuyé un revers avec une bonne pièce défendue par un bon acteur. Ça arrive à tous les directeurs de théâtre et ça m'arrivera encore. Ce n'est pas une catastrophe majeure. » S'il est vrai que Conversations avec mon père de Herb Gardner avec Claude Brasseur n'a pas rencontré l'adhésion du public, il n'en reste pas moins que le projet était estimable, malgré des longueurs fatales « mais il a été impossible de convaincre certains responsables de couper. Alors, je n'allais pas du jour au lendemain dire à mon copain Claude Brasseur, je ne monte plus la pièce. On y est allé. Ce sont les risques du métier ».

Sardou directeur entend bien présenter un théâtre de texte. « J'aime Montherlant, Molière. Je déteste le langage télévisuel, les phrases du type, passe-moi le sel. Quand j'écris des chansons, j'essaie également d'être attentif. Je n'aime pas les fausses rimes par exemple. La clé des bonnes pièces, c'est tout de même le texte. » Et le texte de Félicien Marceau lui est allé droit au coeur. Il évoque un homme qui se remet en question et passe sa vie au crible sous le regard de sa conscience (Brigitte Fossey). Une pièce dense que Bernard Blier a créée il y a près de trente ans au Théâtre de l'Atelier. « Félicien Marceau, avec beaucoup d'élégance, a accepté de l'alléger, de l'actualiser. Je n'ai pas l'impression de faire une reprise, mais plutôt de faire une création. On a tout fait pour rendre la pièce accessible, contemporaine. La scénographie originale de Roberto Plate me plaît beaucoup par exemple. Je m'en fous que la pièce ait été ou non un succès à la création. Mais je pense vraiment que c'est un tout autre spectacle qu'on présente, plus moderne. » Michel Sardou est lucide, conscient des difficultés. « Tout choix comporte un risque, c'est sûr mais j'assume. J'ai débuté au théâtre grâce à Pierre Mondy. Il m'a dirigé comme un enfant. Il faut d'abord qu'on t'entende, que tu saches te déplacer sur un plateau, m'a-t-il expliqué. Un b.a-ba indispensable. Si Pierre Arditi, par exemple, décidait de chanter, il ne passerait pas du jour au lendemain au Zénith. Il faut une période probatoire. Je crois l'avoir accomplie. Mondy m'a donné un deuxième conseil que je respecte à la lettre : « Ne sors pas du cadre. » Avec la pièce de Félicien Marceau, je m'offre le luxe de repousser très loin les frontières, mais je suis dans le cadre. Je ne me suis pas amusé à rêver à Richard III par exemple. C'est un peu prématuré. »

Sardou, chanteur populaire, a toujours défendu des sujets forts, rappelons-nous France ou les Ricains prouvant par là un petit penchant moraliste qui trouve son épanouissement dans la pièce de Félicien Marceau, « le moraliste souriant ». Férocité et fantaisie mêlent leurs couleurs dans cette pièce qualifiée de « grinçante » par Sardou. « On rit de la méchanceté du personnage, le père abusif dans toute sa splendeur. La pièce offre un fond de réflexion qui s'achève dans le rire. C'est ce mélange que j'aime. »

La saison prochaine, rebelote, Michel Sardou ne retrouvera pas le tour de chant, mais le théâtre avec L'Emmerdeur de Francis Veber. « Nous partons de la version cinématographique. » Sardou reprendra le rôle de Lino Ventura. Par la suite, il rêve au Malade imaginaire et confie un projet de taille Le Cardinal d'Espagne avec Michel Bouquet. « C'est une proposition de Bouquet. je ne le jouerai qu'avec vous », m'a-t-il dit. Sardou, sage, réserve sa réponse. Une chose est sûre. Le théâtre n'en a pas fini avec lui. « Je crois en l'avenir du théâtre parce que c'est le dernier endroit où un acteur prend des risques. A une époque où tout peut être virtuel, le théâtre reste le seul lieu où les trapézistes n'ont pas de filet. »

Marion Thébaud

Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à partir du 4 septembre. Du mercredi au samedi, 20 h 30. Mardi 19 h 30. Samedi 17 h 30. Dimanche, 15 h 30. Tél. : 01.42.08.00.32.


Site du Figaro : http://www.lefigaro.fr