
Le
texte de Félicien Marceau est allé droit au coeur de Michel
Sardou. Il évoque un homme qui se remet en question et passe
sa vie au crible sous le regard de sa conscience (Brigitte
Fossey).
Michel Sardou, pour la troisième
fois, monte sur les planches comme comédien. Après deux comédies
Bagatelle (s) au Théâtre de Paris, puis Comédie
privée de Jean-Loup Dabadie d'après Neil Simon, il a
choisi une pièce complexe, subtile, une pièce qui tourne le
dos à la facilité et prouve que l'homme ose voyager sur des
planètes ambitieuses, L'Homme en question de Félicien
Marceau, mise en scène par Jean-Luc Tardieu.
« Pour la
première fois, je sors du sur mesure, reconnaît-il. Je
ne joue pas au théâtre pour passer le temps. Ce n'est pas
une pièce de plus que je veux inscrire à mon palmarès, mais
je tente de jouer des personnages complexes, c'est une
recherche d'excellence, appelez-le comme vous voulez. Devenir
comédien, ce n'est pas un passe-temps mais une passion. » Il
prend des risques, tout ce qu'il aime et tant pis si son
entourage, moins ardent, a des mouvements d'humeur. « Je
reste directeur de la Porte-Saint-Martin. Je tiens ferme le
cap. Arrêtons de se plaindre. Nous avons connu un gros succès
avec Palmade- Laroque. Ensuite, c'est vrai nous avons essuyé
un revers avec une bonne pièce défendue par un bon acteur.
Ça arrive à tous les directeurs de théâtre et ça
m'arrivera encore. Ce n'est pas une catastrophe majeure. » S'il
est vrai que Conversations avec mon père de Herb
Gardner avec Claude Brasseur n'a pas rencontré l'adhésion du
public, il n'en reste pas moins que le projet était
estimable, malgré des longueurs fatales « mais il a été
impossible de convaincre certains responsables de couper.
Alors, je n'allais pas du jour au lendemain dire à mon copain
Claude Brasseur, je ne monte plus la pièce. On y est allé.
Ce sont les risques du métier ».
Sardou directeur entend
bien présenter un théâtre de texte. « J'aime
Montherlant, Molière. Je déteste le langage télévisuel,
les phrases du type, passe-moi le sel. Quand j'écris des
chansons, j'essaie également d'être attentif. Je n'aime pas
les fausses rimes par exemple. La clé des bonnes pièces,
c'est tout de même le texte. » Et le texte de Félicien
Marceau lui est allé droit au coeur. Il évoque un homme qui
se remet en question et passe sa vie au crible sous le regard
de sa conscience (Brigitte Fossey). Une pièce dense que
Bernard Blier a créée il y a près de trente ans au Théâtre
de l'Atelier. « Félicien Marceau, avec beaucoup d'élégance,
a accepté de l'alléger, de l'actualiser. Je n'ai pas
l'impression de faire une reprise, mais plutôt de faire une
création. On a tout fait pour rendre la pièce accessible,
contemporaine. La scénographie originale de Roberto Plate me
plaît beaucoup par exemple. Je m'en fous que la pièce ait été
ou non un succès à la création. Mais je pense vraiment que
c'est un tout autre spectacle qu'on présente, plus moderne.
» Michel Sardou est lucide, conscient des difficultés. «
Tout choix comporte un risque, c'est sûr mais j'assume. J'ai
débuté au théâtre grâce à Pierre Mondy. Il m'a dirigé
comme un enfant. Il faut d'abord qu'on t'entende, que tu
saches te déplacer sur un plateau, m'a-t-il expliqué. Un
b.a-ba indispensable. Si Pierre Arditi, par exemple, décidait
de chanter, il ne passerait pas du jour au lendemain au Zénith.
Il faut une période probatoire. Je crois l'avoir accomplie.
Mondy m'a donné un deuxième conseil que je respecte à la
lettre : « Ne sors pas du cadre. » Avec la pièce de
Félicien Marceau, je m'offre le luxe de repousser très loin
les frontières, mais je suis dans le cadre. Je ne me suis pas
amusé à rêver à Richard III par exemple. C'est un peu prématuré.
»
Sardou, chanteur populaire, a toujours défendu des
sujets forts, rappelons-nous France ou les Ricains prouvant
par là un petit penchant moraliste qui trouve son épanouissement
dans la pièce de Félicien Marceau, « le moraliste
souriant ». Férocité et fantaisie mêlent leurs
couleurs dans cette pièce qualifiée de « grinçante » par
Sardou. « On rit de la méchanceté du personnage, le père
abusif dans toute sa splendeur. La pièce offre un fond de réflexion
qui s'achève dans le rire. C'est ce mélange que j'aime. »
La
saison prochaine, rebelote, Michel Sardou ne retrouvera pas le
tour de chant, mais le théâtre avec L'Emmerdeur de
Francis Veber. « Nous partons de la version cinématographique.
» Sardou reprendra le rôle de Lino Ventura. Par la
suite, il rêve au Malade imaginaire et confie un
projet de taille Le Cardinal d'Espagne avec Michel
Bouquet. « C'est une proposition de Bouquet. je ne le
jouerai qu'avec vous », m'a-t-il dit. Sardou, sage, réserve
sa réponse. Une chose est sûre. Le théâtre n'en a pas fini
avec lui. « Je crois en l'avenir du théâtre parce que
c'est le dernier endroit où un acteur prend des risques. A
une époque où tout peut être virtuel, le théâtre reste le
seul lieu où les trapézistes n'ont pas de filet. »
Marion Thébaud
Théâtre de la
Porte-Saint-Martin, à partir du 4 septembre. Du mercredi au
samedi, 20 h 30. Mardi 19 h 30. Samedi 17 h 30. Dimanche, 15 h
30. Tél. : 01.42.08.00.32.
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