
«Le métier, je suis comme Obélix, je suis tombé dedans tout
petit», avoue Davy Sardou. (à gauche). (François Bouchon/ Le
Figaro)
À l'époque de Molière, n'était
pas comédien qui voulait. On était comédien de père en fils.
Armande Béjart était la fille de Madeleine, la compagne de
Molière. L'état de comédien était marginal. On ne se bousculait
pas dans l'élite pour embrasser les carrières artistiques. La
famille Baptiste, au XVIIIe siècle, composée de Baptiste cadet,
Baptiste aîné et sa femme, était la vedette du Théâtre de la
République. Plus près de nous, la famille Brasseur compte des
comédiens depuis 1820. Le petit dernier, Alexandre, qui joue
actuellement au côté de son père Claude Mon père avait raison,
de Sacha Guitry, a donc tout naturellement repris le flambeau.
Il n'est pas le seul. Dans la famille Sardou, par exemple, Davy
est à l'affiche d'Oscar, de Claude Magnier. Rappelons que
Jean Sarkozy avait été pressenti pour cette même pièce. C'est
dire qu'être fils de… ouvre bien des portes. Car aujourd'hui,
les enfants de célébrités, qu'elles viennent du monde du
spectacle, de la politique ou des affaires comme Sophie Tapie, à
l'affiche d'Oscar, au Théâtre du Gymnase, n'ont jamais
été aussi présents sur le devant de la scène ou à l'écran.
Pourquoi sont-ils si nombreux?
L'époque est aux carrières artistiques. On ne compte plus le
nombre d'élèves inscrits dans les cours d'art dramatique. Sur la
grosse centaine de candidats, le Conservatoire national
supérieur d'art dramatique n'accepte que 2 à 3 % de postulants.
Beaucoup restent sur le pavé, mais espèrent quand même se
glisser dans ce métier qui demeure toujours un miroir aux
alouettes. Les enfants de la balle n'échappent pas à cette
fascination. «Le métier, je suis comme Obélix, je suis tombé
dedans tout petit », avoue Davy Sardou. Il faut dire
qu'entre son père, star de la chanson, sa grand-mère Jackie et
son grand-père Fernand, il avait de quoi alimenter son rêve.
S'il sera difficile pour la plupart de se faire un prénom, et
Sardou junior le sait bien qui a l'honnêteté de reconnaître que
lui et ses semblables sont « des privilégiés », certains
font une carrière qui dépasse de loin celle de leurs parents.
Comme Marion Cotillard, par exemple, dont le père, le metteur en
scène, Jean-Claude Cotillard, n'est pas connu du grand public,
de Daniel Auteuil dont les parents chantaient à l'opéra
d'Avignon.
Un héritage parfois pesant
Eva Green, fille de Marlène
Jobert, Vincent Cassel ou Lambert Wilson ont construit de belles
carrières grâce au cinéma. Ils ne sont pas nombreux dans ce cas.
N'oublions pas Marina Hands, césar féminin 2007 pour L'Amant
de lady Chatterley et qui dans la foulée a quitté la
Comédie-Française, où sa mère Ludmila Mikaël fit une belle
carrière de sociétaire.
Julie Depardieu, Laura Smet,
Chiara Mastroiani, filles de monstres sacrés, portent un nom
écrasant et si Julie Depardieu tire avec singularité son épingle
du jeu, Laura et Chiara sont pour longtemps encore les filles de
Johnny pour l'une, de Deneuve pour l'autre.
Sara Giraudeau, fille de Bernard
et d'Annie Duperey, et Sara Biasani, fille de Romy Schneider,
tentent aussi leur chance au théâtre. Ces enfants de stars
engagés par les directeurs qui attendent des retombées
médiatiques vivent parfois difficilement cette fausse notoriété.
« Sara Biasani ne veut plus parler de sa mère dans les
interviews », explique Pierre Franck, directeur du Théâtre
Hébertot où elle joue L'Antichambre. Quant à Sara Giraudeau,
elle reconnaît que cet héritage peut être « pesant ».
Quant à Davy Sardou, il est plus souple: «Je veux qu'on me
juge pour ce que je fais et non pour ce que je suis.»
À eux de faire leurs preuves, et
quand on voit le sort de Marina Hands ou de Lambert Wilson, ils
savent que c'est possible mais ils voient également qu'un Antony
Delon, tout fils de star qu'il est, peine à acquérir la stature
de son père et la reconnaissance du métier. Car il s'agit bien
de cela. Là où les inconnus doivent se faire un nom, les enfants
de célébrités doivent convaincre le public de leur légitimité et
se faire un prénom.
Marion Thébaud
«Oscar» au Théâtre du Gymnase à
Paris. Tél: 0142467979.
«La Tectonique des sentiments» au Théâtre Marigny à Paris. Tél.:
0153967000.
|