
Michel
Sardou, sans heurts
Il sort lundi «Hors
format», double album qui évite les polémiques comme il les aima
longtemps.
Le
Figaro :
Samedi 11 novembre 2006.
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«Maintenant, la provoc pour la provoc ne
m'intéresse plus. Je dis ce que je
pense, mais j'y mets les formes», confie
Michel Sardou. (DR.).
DANS la
carrière de Michel Sardou, il restait encore
des premières à accomplir. Ainsi, l'exercice
de l'album double auquel, curieusement, il
n'avait jamais encore sacrifié. Hors
format sort lundi (chez AZ-Universal),
avec vingt-trois chansons, «tirées» dans les
médias par Beethoven, méditation sur
la violence de l'époque dont le clip, tourné
par Olivier Marchal (réalisateur de 36,
quai des Orfèvres), est fort comme un
coup de poing. Comme toujours avec Michel
Sardou, le disque devait être ausculté à sa
sortie comme pour livrer ses secrets, comme
s'il était forcément un manifeste ou une
confession. «Beaucoup de gens pensent que
c'est notre vie que nous racontons dans nos
chansons, ce qu'on vit, ce qu'on croit, ce
qu'on pense, dit le chanteur.
En fait, il y a
10% de nous dans les chansons. À 90%, ce
sont des rôles, on raconte une histoire
comme on jouerait un personnage. Ce n'est
pas forcément ce qu'on a vécu, connu, aimé
ou détesté. Quelques-unes, oui, sont plus
personnelles.»
Ainsi,
Les Yeux de mon père, chanson sur le
comédien Fernand Sardou, mort en 1976 alors
que son fils avait 29 ans («Peut-être un
peu plus près de lui/J'aurais deviné ma
vie/Dans les yeux de mon père»). «Je
n'ai pas assez connu mon père. J'étais en
pension, son métier faisait qu'il n'était
jamais là, il est mort très jeune. Je n'ai
jamais eu de longue discussion avec lui, je
crois qu'il ne m'a vu que deux fois sur
scène. Et je suis retombé sur une photo de
lui jeune, une photo un peu posée, un peu à
la Harcourt, et dans ses yeux j'ai retrouvé
les miens, une expression de distance, de
pudeur. À partir de cela, j'ai fait cette
chanson.»
L'importance
des mots
De
même, on ne peut pas ne pas entendre les
vers «Pour les provocations/Je n'suis
plus un homme pressé» quand on songe à
son passé de controverses et de chansons
scandaleuses. Il assume, évidemment :
«D'abord, je ne regrette rien. J'ai commis
des chansons où j'aurais pu être plus
nuancé, moins direct, moins violent, mais
j'avais 25 ans, j'écrivais comme un fleuve
sept ou huit chansons par jour. À la suite
de ces problèmes, je me suis rendu compte
que les mots comptaient – même ceux d'une
chanson. Alors je ne regrette rien mais je
reconnais qu'à une époque la provocation me
faisait plaisir. Je recevais des coups de
bâton, mais je tendais le bâton.» Des
Ricains (sa première chanson censurée à
la radio) à Je suis pour, du
France au Bac G, il a suscité
plus qu'aucun autre chanteur français les
commentaires des éditorialistes :
«Nous nous
servions de ce qui nous entourait mais ça
n'était que des chansons. Ça aidait à
marcher, à ne pas avoir peur le soir.
Maintenant, la provoc pour la provoc ne
m'intéresse plus. Je dis ce que je pense,
mais j'y mets les formes. Je ne me cherche
plus d'ennemi, je ne cherche pas à choquer.
Il y a une façon de s'exprimer plus posée –
c'est peut-être l'âge.»
Ainsi, dans
Allons danser, il semble faire le
tour des grands sujets de société et songer
à la manière de les traiter : «D'où que
tu viennes, bienvenue chez moi/En sachant
qu'il faut respecter/Ceux qui sont venus
longtemps avant toi.» Il précise :
«Dans
cette chanson, il n'y a pas d'ennemi, je ne
suis plus vindicatif. C'est une liste non
exhaustive de problème très difficiles à
résoudre, pour qui que ce soit qui prendra
les rênes, la gauche comme la droite. Et
quand j'entends en ce moment cette si longue
précampagne, je suis comme tous les
Français, un peu impatient. Parlons de nos
problèmes, pas de savoir si le frère de
Ségolène Royal a mis la bombe sous le
Rainbow Warrior ou si Sarkozy porte des
talonnettes – tout le monde s'en fout,
allons danser !»
Quant à
s'impliquer dans la campagne électorale à
venir, «je m'y refuse. Je l'ai fait une
fois et je l'ai regretté. Exprimer mon
opinion, j'ai le droit ; dire au public ce
qu'il doit faire, ce n'est pas mon rôle. Ils
savent très bien où je suis ; il serait
étonnant que je plonge dans le trotskysme à
60 ans. Je n'ai pas besoin d'être au côté
d'un candidat.» On l'a certes vu dans le
petit film diffusé lors de l'intronisation
de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP, en
novembre 2004, mais «ça s'arrêtera là»,
affirme-t-il.
«J'ai du mal à
croire que ma présence auprès d'Untel ou
Untel puisse lui faire gagner quelque chose.
Les Français savent très bien qui ils
croient et qui ils ne croient pas. Ce n'est
pas parce que j'aurais ma photo dans les
bras de Ségolène Royal – je plaisante,
évidemment ! – que ça changera quelque chose
pour elle.»
D'ailleurs,
pendant la campagne électorale, il sera en
tournée : quelques dates à Douai et en
Belgique avant le Zénith de Paris du 25
avril au 6 mai. «J'ai décidé de faire
plus long en province et plus court à
Paris.» Les tournées ne sont plus les
équipées artisanales des années 60. «Je
partais en Volkswagen – la vieille, la vraie
–, et un petit camion Volkswagen qui
contenait mes musiciens, les instruments et
le son. Mon record, ça a été
Nice-Colmar-Béziers en trois jours. À
Béziers, ils ont vu un drôle de chanteur...»
En tournant dans le réseau des Zénith et
des salles comparables, il est heureux que,
contrairement à l'époque des chapiteaux et
des halls des sport, les spectateurs de
province voient le même spectacle qu'à
Paris.
Et ensuite ?
«J'ai mis près de deux ans à faire cet
album, que j'ai commencé alors que j'étais
en tournée. J'ai déjà mis tout le monde au
travail pour le prochain. Puis, en 2008, je
ferai un break et je retournerai au théâtre,
ma petite danseuse préférée.»
Bertrand Dicale
RTL consacre à Sardou une semaine
spéciale, avec la diffusion de nouveaux titres le 13 novembre et
deux émissions dédiées au chanteur le mercredi 15 à 9 heures et
le dimanche 19 à 11 h 30. |
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