
De gauche à droite : Guillaume Musso, Romain Sardou, Maxime
Chattam, Régis Descott, Philip Le Roy et Patrick Bauwen (Photo
Julien Chatelin/ Le Figaro Magazine).
Ils ont un point commun : leurs
ventes colossales. La trentaine fringante, Romain Sardou,
Guillaume Musso, Patrick Bauwen, Maxime Chattam, Régis Descott
et Philip Le Roy partagent également les références de la
génération «zapping», bercée par la culture américaine.
«Cinématographiquement parlant, nous avons été les premiers,
grâce au magnétoscope, à pouvoir visionner des films à la
demande», se souvient Guillaume Musso, dont le premier
roman, Et après ?, a immédiatement fait de lui un auteur
populaire. «Les thrillers américains étaient mes préférés. Je
les visionnais plusieurs fois, pour tenter d'identifier les
mécanismes du suspense.» En découle une écriture axée sur le
spectaculaire et des intrigues séquencées comme les blockbusters
hollywoodiens.
Ils vénèrent les Stephen King,
Michael Connelly, Patricia Cornwell et Thomas Harris. «Mis à
part Jean-Christophe Grangé, le premier à utiliser les ressorts
du polar américain, je ne trouve pas mon compte avec les auteurs
français», confesse volontiers Romain Sardou. En trois
romans, il a imposé ses intrigues serrées, truffées de
faux-semblants. Le bon vieux polar social et littéraire ennuie
tout autant Maxime Chattam. Son dernier opus, Les Arcanes du
chaos, prend la forme d'une course-poursuite effrénée de
Paris à New York ; celle de Yaël, actrice malgré elle d'un
règlement de comptes au sein d'une oligarchie démoniaque.
L'auteur précise : «Mon boulot, c'est avant tout de raconter
des histoires, trouver les bons mots pour embarquer le lecteur,
donner un sens à la violence jusqu'à le faire vaciller» ; en
un mot, produire des «page-turners», comme disent les
Anglo-Saxons.
Bien que cela puisse paraître
incongru, leurs thrillers déploient leur toile essentiellement
outre-Atlantique. Et leurs héros se nomment Frank Franklin,
Thomas Lincoln ou Nathan Love. Vingt-quatre cadavres sont
découverts sur un chantier enneigé du New Hampshire. Telle est
la situation initiale du dernier roman de Romain Sardou. Le
charnier se trouve à quelques jets de pierre d'une université
d'élite, dont l'atmosphère conspiratrice évoque celle du
Maître des illusions de Donna Tartt. «Tout ce qui se
passe aux Etats-Unis revêt un caractère exceptionnel, estime
Sardou : les crimes, l'ampleur des déploiements policiers. Pour
les lecteurs français, il est sans doute plus facile de
fantasmer autour d'un drame certes atroce, mais qui s'est
produit loin de chez eux.»
«Je me suis offert les décors
les plus fantastiques, et des effets spéciaux hollywoodiens»,
s'amuse quant à lui Patrick Bauwen, scénariste de jeux de rôles.
Son premier thriller, L'OEil de Caine, met en scène 10
concurrents d'un nouveau reality-show, héros malgré eux d'une
épopée terrifiante dans le désert du Nevada. Ce choix
géographique implique un long travail de recherche, revendiqué
par tous ces auteurs. Pour son dernier roman, qui mêle
géopolitique et surnaturel, Chattam s'est rendu à la
bibliothèque du Congrès américain pour consulter des archives
militaires déclassifiées : celles du projet d'opération «Northwood»,
une mascarade déclenchant l'hystérie collective pour justifier
l'invasion de Cuba dans les années 60. Ce criminologue diplômé a
passé des mois à rechercher des lieux pour les scènes françaises
de son roman, avant de jeter son dévolu sur le lac de Vallon en
Haute-Savoie, dont les eaux paisibles dissimulent un village
fantôme... «Le fait de partir de faits réels crédibilise le
travail de l'écrivain», estime-t-il. Régis Descott, le seul
à situer son aventure en Europe, a fait sienne cette devise. Son
héros est un tueur en série psychopathe à l'image d'Hannibal
Lecter. Sa source d'information principale : une psychiatre,
ancienne directrice d'une unité pour malades difficiles à
l'hôpital de Fresnes. «Grâce à elle, j'ai découvert le
travail des psychiatres de l'extrême et la fascination qu'ils
peuvent parfois éprouver face aux abîmes de l'humanité.»
Il ne s'agit pas pour autant de
faire crouler le lecteur sous une avalanche de démonstrations
scientifiques, préviennent en choeur ces romanciers : avec la
popularité de séries télévisées comme Les Experts, le
public a eu sa dose de luminol et d'incisions en Y.
Chacun, bien sûr, conserve sa
spécificité, l'univers qui fait sa signature. Professeur
d'économie, Guillaume Musso a le surnaturel dans le sang. Par
l'absorption de mystérieuses pilules dorées, le héros de
Seras-tu là ? rencontre le jeune homme qu'il était dans les
années 70. «Le surnaturel, c'est pour moi un stratagème afin
d'aborder des questions existentielles comme le deuil ou la
profondeur de l'amour», analyse-t-il.
En s'attachant les services d'un
profileur australien, Philip Le Roy, tel Descott, explore dans
son dernier roman la psychologie du monstre. Chattam choisit la
carte de l'ésotérisme satanique. Bauwen, de fait, est le seul à
ausculter les maux de notre société. Responsable des urgences
dans un hôpital parisien, il rencontre chaque jour des patients
rescapés de situations extrêmes. Dans L'OEil de Caine,
une femme battue tient un rôle de premier plan : «Vous
n'imaginez pas le courage dont ces femmes font preuve,
affirme-t-il. Pour moi, il fallait que ce soit dit.» Quand
le thriller rejoint l'actualité.
Géraldine Denost
DES VENTES SPECTACULAIRES
Guillaume Musso (Seras-tu
là ?, XO éditions, 19,90 €) a touché en trois livres 1 641
000 lecteurs. Les droits d’adaptation cinématographique de Et
après… et Seras-tu là ? ont été cédés à des
producteurs français.
Romain Sardou (Personne
n’y échappera, XO éditions, 19,90 €) a écoulé 798 000
exemplaires de ses romans. Le petit dernier s’est déjà vendu à
118 000 exemplaires.
Maxime Chattam (Les
Arcanes du chaos, Albin Michel, 22 €) a séduit une centaine
de milliers de lecteurs avec chacun de ses trois romans.
Patrick Bauwen a déjà
conquis en trois semaines 40 000 lecteurs avec son premier
thriller (L’OEil de Caine, Albin Michel, 22 €). Les
droits ont été achetés par un producteur américain.
Philip Le Roy (La
Dernière Arme, Au Diable Vauvert, 23 €, en librairie le 22
février) a été plébiscité par 40 000 lecteurs pour son
Dernier Testament (2005).
Régis Descott (Caïn et
Adèle, JC Lattès, 18 €, en librairie le 21 février) a vendu
16 000 exemplaires de son deuxième roman, Pavillon 38,
lui aussi en cours d’adaptation cinématographique.
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