
LE
BUS PLUTOT QUE LE METRO
Bloqué sur le périphérique par des manifestations pour la défense
de la retraite à 60 ans -« tout était bouclé autour
des Champs-Elysées », Michel Sardou avoue ne pas avoir
songé au... métro pour se rendre à Bercy. « Je
ne prends pas le métro, je ne sais pas le prendre. Je ne l'ai
jamais pris. Je prenais les bus à l'époque. J'adorais la
plate-forme arrière. Ce n'était pas du tout par snobisme :
je préférais voir le paysage... ».
LE THEATRE DE LA PORTE
St-MARTIN
« Je prends les clés du théâtre de la Porte St-Martin
le 1er juin... Et je vais avoir mauvaise mine comme tous les
directeurs de théâtre, mais je vais aller au bout d'un
projet qui me fait terriblement plaisir. C'est un très beau
théâtre où il y a moyen de monter des choses de qualité et
d'envergure. Et il a une légende : on y a créé
Cyrano de Bergerac, Victor-Hugo y lisait ses pièces, il y a
eu "Hair"... C'est un théâtre avec de beaux fantômes,
mais ce n'est pas un théâtre uniquement pour moi : je
ne vais pas me distribuer dans toutes les pièces. Je sais que
je vais avoir des comédiens qui vont venir y jouer et y
monter leurs projets ».
LE CINEMA ET LE... THEATRE
« Le cinéma je n'en fais pas beaucoup... A la vérité,
ce n'est pas ma préoccupation principale. Le théâtre c'est
du spectacle, ça reste dans mon domaine. J'ai envie d'y
apporter les technologies nouvelles pour moderniser ses
accessoires. Les théâtres sont un petit peu en retard par
rapport à la télévision ou aux concerts de rock et de variétés.
Mon but, ce n'est pas un investissement d'argent, on n'achète
pas un théâtre pour ça, mais des projets et des réalisations ».
UNE PAUSE
« Je vais faire une pause. A la fin de cette tournée,
on va dire pendant quatre, cinq ans, je vais me consacrer au
théâtre, quitte, si on veut bien de moi, à faire un
come-back dans la chanson, pourquoi pas... On ne peut pas
faire les deux en même temps. Et puis ce serait mélanger les
genres... ».
LE CHOIX DES TITRES
« La dernière fois, j'y avais mis tous les classiques.
Il y a des chansons qu'on ne peut pas retirer... Cette fois,
j'ai choisi d'être plus rythmique, plus visuel, plus en
mouvement et le choix des titres s'est fait en fonction de ça.
Il en manque beaucoup évidemment et je me mets à la place de
ceux qui viennent pour "La maladie d'amour" ou
"Les vieux mariés"... Je voudrais être une petite
souris à la sortie : je dois me faire engueuler
copieusement ! Il m'est arrivé une histoire
similaire avec Elton John que j'étais venu voir ici, à Bercy :
il n'avait pas chanté « Tonight » et quand je
suis sorti, j'étais fou de rage : il n'avait pas fait
"ma" chanson... ».
ENCRE NOIRE
« Je ne démarre pas avec une intention précise quand
je fais une chanson. Pour celui-ci ("Français"), je
ne voulais pas un disque triste. J'étais dans une période un
peu pénible, j'avais une vie personnelle un peu compliquée
et je ne voulais pas tomber dans le côté encre noire, blues,
spleen... J'ai écarté tout sujet concernant mes états d'âme. »
LA CORSE
A propos du titre "Corsica" (sur son dernier album)
qui paraît un peu trop consensuel à certains : « Tant
mieux... Philippe Gildas m'a invité chez lui l'été dernier ;
j'étais tout seul à l'époque, je ne savais pas où passer
mes vacances et je découvre un endroit, je le dis sincèrement,
magnifique. J'ai acheté un terrain et j'ai fait construire ma
maison -qui sera finie au mois de mai. Les gens m'ont
accueilli magnifiquement bien, personne ne m'a posé de
questions sur ma vie personnelle. Je n'ai pas envie de m'en mêler
avant de les connaître. Peut-être que dans cinq ou six
ans, quand je serai un Corse dur comme un marcassin, je vous
dirai ce que j'en pense. Mais pour l'instant, je ne veux pas
prendre de position. C'est leurs oignons, pas les miens.
MALENTENDUS
A propos du titre, « Français », de son dernier
disque : « La mode est maintenant de titrer les
albums, ce que je déteste faire car je ne fais pas d'album
concept, je saute du coq à l'âne de chanson en chanson. Il
n'y avait pas d'arrière-pensée. C'est une source
d'inspiration, les Français ou la France. Les
malentendus, c'était il y a trente ans. Je ne suis pas
nationaliste. Je ne suis pas cocardier, je ne suis pas
"la France aux Français". Je ne suis pas d'extrême-droite,
ce n'est pas ça mon caractère. Mon caractère est plus libre
que ça, plus ouvert. Je ne suis pas raciste, je suis
accueillant. Je suis pour la liberté des uns comme pour la
liberté des autres. Ne cherchez pas dans ma personnalité
quelque chose d'abrupt. J'ai fait des chansons abruptes à une
époque, mais parce qu'elles étaient là et qu'on ne maîtrise
pas toujours quand on a 19 ans... »
ETIQUETTES
« Je m'engagerais toujours, mais je ne veux pas avoir
une image fixe. Or depuis trente ans, les gens me connaissent
mal et me mettent des étiquettes. Ces étiquettes ne sont pas
exactes. Je suis multiple, je ne suis pas quelqu'un de raide
qui ne change pas d'avis. Je voudrais qu'on me connaisse un
peu mieux ; je crois que ça commence à venir
d'ailleurs. Je joue un personnage dans mes chansons.
Dans mes morceaux, il n'y a que 30% de ma vie personnelle, le
reste c'est du spectacle... »
Propos recueillis par Jean-Marc
Thiébaut
* Le
13 février à 20h30 au parc-expo de Mulhouse (complet) et le
14 février à 20h30 au Rhénus à Strasbourg (complet).
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