
Michel
Sardou a fait le plein : le plein de public, mais aussi le plein
de bonne humeur, d'enthousiasme et d'applaudissements. Un
concert en deux actes où les spectateurs ont pu retrouver en
première partie le rythme enjoué du Sardou des premiers succès,
de ses « Bals populaires » ou des ses scandaleux « Ricains »,
avant de faire la connaissance de cet homme nouveau, ressourcé
par l'entrée de plain- pied dans le monde du théâtre, et de son
nouvel album « Colères populaires ». Une mise en scène classique
pour démarrer en chantant avant une pause dont la longueur
quelque peu pesante n'a fait qu'ajouter à la grandeur de la
surprise. Un décor magique pour la seconde partie avec un
arrangement scénique irréprochable : scène surélevée pour
accueillir un orchestre de huit violoncellistes ou un choeur
sexy de Marie-Jeanne, jeux de lumières évoquant une ambiance «
Olympia », et jeux d'ombres chinoises avec un Sardou vu de dos
se détachant fièrement sur les rougeoiements des projecteurs.
Chaque tableau a su dessiner fidèlement le prolongements de la
musique comme une toile magique.
Sardou
étonne, il vole ?
Un Michel Sardou avec une voix
d'outre-tombe oscillant entre le registre contestataire des
« J'accuse » et celui plus feutré et émouvant de « La fille
aux yeux clairs ». Quelques regrets pour les plus assidus de
ne pas avoir entendu « La maladie d'amour » ou « Le France
», mais après tout Sardou pèche par la richesse de son
répertoire. Chanteur de variété qui illustre parfaitement
l'appellation, non seulement par la diversité de ses
musiques , mais aussi par celle de son comportement. L'image
de l'homme se gardant d'afficher trop de familiarité qui
colle généralement à l'artiste trouve ici un démenti de
taille. Montrant une surprenante autodérision et une
sympathie teintée de franc naturel, Sardou étonne. Il vole ?
Non, il rase, comme il lui plaît de dire non sans un humour
neuf. Exorcisant son manque de communication et la grisaille
attachée à son personnage, il épate et s'attire sans
conteste l'admiration de ses fans, balayant plusieurs
générations d'hommes et de femmes, de tous horizons. Sur une
mélodie simple il quitte la scène en un dernier « Salut »
amical, un adieu jusqu'à la prochaine fois.
Christine Rucklin
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