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Sardou arlequin
Sardou qui rit, Sardou qui pleure. Le roi des artistes de variété fait tomber les masques. Signe de maturité ? Un spectacle complet, au Rhenus de Strasbourg.

Dernières Nouvelles d'Alsace : Samedi 4 décembre 2004.

Michel Sardou
Tels les masques de la commedia dell'arte italienne, Michel Sardou possède plusieurs visages. Bien sûr, il y a Sardou l'idole. Rappelez-vous, c'était il y a près de trente ans, un 14 juillet à Strasbourg : il interprétait la Marseillaise devant 150 000 personnes ! Strasbourg s'en souvient. Sardou s'en souvient aussi : « Chaque fois que je viens ici, quelque chose se passe. Je me lâche ». C'est un Sardou moins patriotique, moins dramatique, qui est venu présenter son dernier disque, Du plaisir. Avec des surprises...

Kitsch et rock

Michel le jeune premier et Sardou l'homme mûr. En première partie de lui-même, Sardou se la joue intime, avec rideau baissé et formation réduite. Ambiance cabaret-musique, comme aux tout débuts. L'occasion de lancer quelques incontournables : Les Ricains, contre tous les anti-américanismes, le Temps des colonies et les Bals populaires, au kitsch inaltérable. C'est Michel qui chauffe la salle pour Sardou, moins gentil, plus tragique et surtout, ô surprise, plus rock ! En seconde partie, le contraste est brutal : décor immense avec plateforme-ascenseur et grands paravents pivotants, jeux de lumières tournoyants. Et une orchestration pléthorique. Deux claviers, un choeur de mignonnes en jupette, un ensemble de huit cordes exclusivement féminin : Sardou donne toute la sauce. Où l'on découvre avec étonnement que l'on peut groover sur Sardou comme sur Johnny, grâce aux accords rock de deux guitares électriques. Sardou qui sourit, Sardou qui « tire la tronche » - il le dit lui-même. Car il parle sur scène, esquisse quelques chaleureux plissements de lèvres. Mais c'est pour afficher aussitôt son célèbre sourcil froncé sur Je vais t'aimer et J'accuse. Et Sardou le sage qui, sur son nouvel album, chante sans pudeur le plaisir, la vie, la mort. Mais bon, Sardou reste Sardou, comme en témoignera une reprise de l'Aigle noir, dégoulinante de pathos... Après Les Lacs du Connemara, l'idole quitte la scène au milieu d'une haie de femmes. Pompier, grandiloquent. Sardou comme on l'aime. Sardou comme il s'aime.

 

Emmanuel Viau


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