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Interview : Romain Sardou a lui aussi trouvé sa... voie
Le fils de Michel signe un premier roman mystérieux et passionnant.

La Dernière Heure : Jeudi 31 octobre 2002.

Romain Sardou


BRUXELLES Le thé au citron qu'il avale brûlant, Romain Sardou espère qu'il le guérira de cette méchante crève qu'il traîne depuis quelques jours. Etonnant, après avoir parlé toute la journée, il se sent presque mieux. Content d'avoir partagé avec les journalistes le plaisir qu'il a pris à écrire Pardonnez nos offenses, son premier roman, qui plonge au coeur du Moyen-Âge et d'intrigues religieuses pour le moins surprenantes. Fils de Michel, Romain a lui aussi trouvé sa... voie. Rencontre.
 

Dans les premières pages, vous rendez compte d'un procès et poussez le vice jusqu'à donner un numéro de dossier... Mais tout ceci est faux!

Bien sûr que tout ça n'est qu'une manipulation. Le numéro ISBN que je donne, c'est celui du livre lui-même! Cette petite perfidie de début permet de semer le doute chez le lecteur.
 

Fasciné par cette période, vous avez fait des études d'histoire?

Non, j'ai même arrêté l'école à 17 ans, je n'ai pas du tout de cursus universitaire, mais je suis quelqu'un de très curieux et cette période, j'y suis arrivé en étudiant divers auteurs, divers romans. De fil en aiguille, j'ai eu face à moi tout un panarama de la fin du 13e et j'y ai trouvé des points qui m'intéressaient pour une histoire. Pas nécessairement un roman d'ailleurs. Petit à petit, c'est tout de même cette forme qui s'est imposée à moi.
 

Qu'est-ce qui, de prime abord, vous intéresse dans cette période?

Ma première passion d'écriture, c'est le théâtre. Surtout celui du 19e siècle. Ce sont généralement des pièces avec de grandes figures historiques. Je me suis mis à lire des pièces en quête de personnages et de situations qui pourraient me donner des idées de pièces.
 

La richesse du vocabulaire d'époque est assez impressionnante. Vous écriviez avec votre Grand Robert à portée de main?

En tant que lecteur, j'avais ce réflexe d'aller voir au dictionnaire les mots que je ne connaissais pas. Je suis toujours fasciné par la force d'un mot. Il suffit d'en placer un, ancien, pour vous amener huit siècles en arrière. Cette idée que le lecteur puisse à son tour, sortir son dictionnaire, me plaît beaucoup!
 

Quelle est la part de vérité historique dans votre roman?

La première idée qui m'a mis la puce à l'oreille, pour ce bouquin, c'étaient Les mystères. Ce sont des représentations théâtrales qui se jouaient sur le parvis des cathédrales. Ils rejouaient des scènes des écritures ou de la vie des saints. Cela avait un côté blasphématoire de demander à des acteurs de jouer Marie, Jean-Baptiste, etc. En plus, il y avait des commentaires! J'ai poussé l'idée beaucoup plus loin en me demandant ce qu'ils auraient été capables de faire avec des comédiens et des décors.
 

Il y a des personnages pour lesquels vous avez de l'affection?

Je les aime tous, mais j'ai un faible pour Chuquet, qui n'y est pour rien de rien. Petit à petit, il se transforme en détective. Pas professionnel, mais par la force des choses. Il va essayer de comprendre pourquoi son maître a été assassiné. Il est comme le lecteur: il ne connaît pas mieux son époque que nous.
 

S'appeler Sardou, ça aide quand on veut publier un premier roman?

C'est plus facile. Dès qu'on prend son téléphone et qu'on se présente, la personne vous situe tout de suite. Je ne vais pas nier que cela m'a permis de voir l'éditeur que je voulais dans les dix jours. Après, il y a de la curiosité, positive comme négative à mon égard.
 

Votre papa a lu votre bouquin?

Oui, bien sûr. Il n'a pas été surpris: on a la même bibliothèque. On aime les mêmes auteurs, les mêmes époques. Il était content. Très content.


Romain Sardou, Pardonnez nos offenses, Ed. Lafont.

Propos recueillis par Isabelle Monnart


Site de La Dernière Heure : http://www.dhnet.be/