Le thé au citron qu'il avale brûlant, Romain
Sardou espère qu'il le guérira de cette méchante crève qu'il
traîne depuis quelques jours. Etonnant, après avoir parlé
toute la journée, il se sent presque mieux. Content d'avoir
partagé avec les journalistes le plaisir qu'il a pris à écrire
Pardonnez nos offenses, son premier roman, qui plonge
au coeur du Moyen-Âge et d'intrigues religieuses pour le moins
surprenantes. Fils de Michel, Romain a lui aussi trouvé sa...
voie. Rencontre.
Dans les premières pages, vous rendez compte d'un procès
et poussez le vice jusqu'à donner un numéro de dossier... Mais
tout ceci est faux!
Bien sûr que tout ça n'est qu'une manipulation. Le numéro
ISBN que je donne, c'est celui du livre lui-même! Cette petite
perfidie de début permet de semer le doute chez le lecteur.
Fasciné par cette période, vous avez fait des études
d'histoire?
Non, j'ai même arrêté l'école à 17 ans, je n'ai pas du tout
de cursus universitaire, mais je suis quelqu'un de très
curieux et cette période, j'y suis arrivé en étudiant divers
auteurs, divers romans. De fil en aiguille, j'ai eu face à moi
tout un panarama de la fin du 13e et j'y ai trouvé des points
qui m'intéressaient pour une histoire. Pas nécessairement un
roman d'ailleurs. Petit à petit, c'est tout de même cette
forme qui s'est imposée à moi.
Qu'est-ce qui, de prime abord, vous intéresse dans cette
période?
Ma première passion d'écriture, c'est le théâtre. Surtout
celui du 19e siècle. Ce sont généralement des pièces avec de
grandes figures historiques. Je me suis mis à lire des pièces
en quête de personnages et de situations qui pourraient me
donner des idées de pièces.
La richesse du vocabulaire d'époque est assez
impressionnante. Vous écriviez avec votre Grand Robert à
portée de main?
En tant que lecteur, j'avais ce réflexe d'aller voir au
dictionnaire les mots que je ne connaissais pas. Je suis
toujours fasciné par la force d'un mot. Il suffit d'en placer
un, ancien, pour vous amener huit siècles en arrière. Cette
idée que le lecteur puisse à son tour, sortir son
dictionnaire, me plaît beaucoup!
Quelle est la part de vérité historique dans votre roman?
La première idée qui m'a mis la puce à l'oreille, pour ce
bouquin, c'étaient Les mystères. Ce sont des représentations
théâtrales qui se jouaient sur le parvis des cathédrales. Ils
rejouaient des scènes des écritures ou de la vie des saints.
Cela avait un côté blasphématoire de demander à des acteurs de
jouer Marie, Jean-Baptiste, etc. En plus, il y avait des
commentaires! J'ai poussé l'idée beaucoup plus loin en me
demandant ce qu'ils auraient été capables de faire avec des
comédiens et des décors.
Il y a des personnages pour lesquels vous avez de
l'affection?
Je les aime tous, mais j'ai un faible pour Chuquet, qui n'y
est pour rien de rien. Petit à petit, il se transforme en
détective. Pas professionnel, mais par la force des choses. Il
va essayer de comprendre pourquoi son maître a été assassiné.
Il est comme le lecteur: il ne connaît pas mieux son époque
que nous.
S'appeler Sardou, ça aide quand on veut publier un
premier roman?
C'est plus facile. Dès qu'on prend son téléphone et qu'on
se présente, la personne vous situe tout de suite. Je ne vais
pas nier que cela m'a permis de voir l'éditeur que je voulais
dans les dix jours. Après, il y a de la curiosité, positive
comme négative à mon égard.
Votre papa a lu votre bouquin?
Oui, bien sûr. Il n'a pas été surpris: on a la même
bibliothèque. On aime les mêmes auteurs, les mêmes époques. Il
était content. Très content.
Romain Sardou, Pardonnez nos offenses, Ed. Lafont.
Propos recueillis par Isabelle Monnart