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Interview : "On me connaît, mais mal !"
Dans quatre mois, Michel Sardou découvre un nouveau monde

 

La Dernière Heure : Samedi 27 janvier 2001.


PARIS
Nous avions rendez-vous dans les loges de Bercy à 18 heures. Michel Sardou est arrivé avec presque une heure de retard et une excuse qu'il amplifiait en parfait méditerranéen: `Je sors de la guerre!´ Traduisez: des manifestations monstres bloquaient le périphérique. Quelqu'un, en rigolant, lui dit qu'il aurait pu venir... en métro. Sardou, bien sûr, éclate de rire, puis raconte: `J'en serais incapable: je ne sais pas comment on prend le métro. Dans ma vie, je ne l'ai jamais pris. Ce n'est pas du snobisme car j'ai été pauvre. Mais je préférais le bus. J'adorais les bus à plate-forme sur lesquels on pouvait sauter en courant.´

Le 1er juin, la vie de Michel Sardou va changer sensiblement: il deviendra Monsieur le directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin ou, comme il le dit, `Je prendrai les clés du théâtre!´

{Q.}Vous imaginez déjà ce que va devenir votre vie?

{R.}`J'aurai mauvaise mine, comme tous les directeurs de théâtre! Mais au moins, je serai allé au bout d'un projet. Je n'imaginais d'ailleurs pas que les choses iraient si vite. Je me disais qu'un jour, je me verrais bien racheter un théâtre. Justement, celui-là était à vendre. Et celui-là est une légende, avec de beaux fantômes. On y a créé Cyrano de Bergerac. Victor Hugo venait y lire ses vers... Pour ma part, je ne le considère pas comme un investissement d'argent: on achète rarement un théâtre pour s'enrichir. Pour cela, il y a mieux à conseiller. C'est un investissement de projets et de réalisations. Je constate que les accessoires du théâtre ont quand même un peu vieilli par rapport à ce qu'on voit en télévision, en rock ou dans des concerts comme les miens. Je voudrais y apporter les technologies que j'utilise dans mon domaine, du matériel moderne.´

{Q.}Vous serez souvent sur scène?

{R.}`Oui, mais je n'achète pas un théâtre pour moi. Je ne vais pas me distribuer dans toutes les pièces.´

{Q.}A ce jour, est-ce que vous êtes certain que cela vous laissera encore le temps de refaire des spectacles de chanteur?

{R.}`Certainement! Mais je prends une pause de quatre ou cinq ans parce qu'il est impossible de faire les deux en même temps. Ce dimanche, je termine Bercy. Puis je fais une belle tournée avec notamment six spectacles à Bruxelles. Mais après, je commence autre chose. Acheter un théâtre, c'est devoir s'en occuper tous les jours.´

{Q.}Vous avez l'intention de reprendre le rôle de Jacques Brel dans L'homme de la Mancha.

{R.}`Très difficile à monter! J'ai demandé l'autorisation à la famille de Brel, à Bruxelles, et je négocie avec les Américains qui sont les créateurs de l'oeuvre. Ils sont très exigeants. Songez que Brel lui-même à dû partir à Los Angeles pour y faire une audition! Pour ce qui me concerne, je pense qu'il faut pratiquer quelques coupures dans un spectacle qui dure trois heures trente et qui a quand même trente ans d'âge. Les Américains, eux, refusent la moindre coupure. Je crois que si on n'obtient pas ça, ça ne vaut même pas la peine de la monter.´

Un malentendu depuis 30 ans

{Q.}A propos de votre spectacle, vous y mettez en valeur les chansons d'un nouvel album qu'on a dit moins provocant...

{R.}`Depuis trente ans, les gens me connaissent mal. On m'a mis des étiquettes. Je ne m'en plains pas parce qu'il vaut mieux avoir une étiquette que d'être ignoré. Mais ces étiquettes ne sont pas exactes et, maintenant, je voudrais qu'on me connaisse mieux. Je ne suis pas quelqu'un de raide. Je suis toujours prêt à changer d'avis et même à me contredire. Je chante que j'aime les Français, mais je ne suis pas nationaliste pour autant. Ni cocardier. Ni surtout d'extrême droite. Je suis pour la liberté à condition que la liberté des autres s'arrête aussi où la mienne commence. Je crois vraiment que, depuis trente ans, je traîne un malentendu. Mais j'admets qu'à l'époque, j'ai écrit des chansons qui étaient abruptes. C'est l'âge qui voulait ça. Ces chansons, je ne les renie évidemment pas. Mais il est clair que si je devais les réécrire aujourd'hui, je m'y prendrais autrement. Je ne tendrai plus le bâton à ceux qui veulent me battre. Ce qui n'empêche pas le fait que je m'engage. D'ailleurs, je m'engagerai toujours.´

Propos recueillis par Eddy Przybylski


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