
PARIS «Aux yeux de mon père, j'étais une erreur!
C'est un homme qui souffle le chaud un jour mais,
aujourd'hui, sans prévenir, c'est glacé. Ses réprimandes me
déboussolent. Ses passages d'un excès d'amour à un excès de
violence, c'est sa manière à lui de manipuler: un vieux truc
de patron! Je ne dépends en rien de lui. Je paie mes
factures et mon loyer. Je travaille. En cet instant, je le
maudis!»
Ces lignes sont extraites d'un livre, (Appelez-moi Li
Lou, aux éditions du Rocher) qui n'est pas encore dans
le commerce, qui sortira en France ce jeudi et en Belgique
quelques jours plus tard. Il est signé par Cynthia Sardou,
31 ans. La fille de Michel Sardou.
Où la jeune femme reproche au chanteur d'avoir été un
père absent. En fait, il venait de quitter sa première
épouse au moment de la naissance de Cynthia, leur deuxième
fille. Qui fut donc élevée par un autre homme... violent («Ça,
je l'ignorais!» explique Michel Sardou aujourd'hui).
En 1993, à 19 ans, Cynthia tenta de se suicider par
overdose de médicaments. Mais l'épisode le plus douloureux
de sa vie date de 1999 et n'a aucun rapport avec la
personnalité de son père: elle a été la victime d'un viol
collectif, commis par trois hommes qui se trouvent
aujourd'hui en prison.
Dimanche soir, Michel Sardou était sur le plateau de
On ne peut pas plaire à tout le monde. Il est venu afin,
surtout, d'évoquer les passages les plus sulfureux de ce
livre. «Ah non! Je ne suis absolument pas fâché!» a
expliqué Michel Sardou. «Cynthia est une jeune femme
malheureuse et je lui pardonne tout d'avance. Que je n'aie
pas été un vrai père, c'est exact. Elle est venue au monde
alors que je divorçais. J'ai payé son éducation, mais c'est
sa mère qui l'a élevée. Ce qu'elle dit est vrai. Cela dit,
je n'ai pas non plus été un père ni pour sa soeur ni pour
ses frères. Et je n'ai pas envie d'entrer dans une polémique
avec ma fille. Je pense sincèrement qu'elle a dit, en toute
honnêteté, ce qu'elle a compris du monde qui l'entoure. Je
pourrais dire que sur tel ou tel détail, elle fait erreur.
Mais elle a subi la pire des épreuves qu'une femme puisse
affronter: subir un viol collectif. A partir de là, tout son
point de vue sur ce monde qui l'entoure a été altéré. Quand
ça s'est produit, j'étais sur scène, dans une pièce de
théâtre, avec Marie-Anne Chazel, et j'ai réagi comme je
pensais qu'il fallait le faire. Mais personne ne sait
comment réagir à ça: on a toujours l'impression que ces
choses-là n'arrivent pas, ou alors aux autres. Aujourd'hui,
ma fille crache sa douleur et je dis qu'elle a raison sur
tout. Ce n'est pas moi qui vais la juger! Je n'ai jamais été
un ogre ou un monstre. Simplement, un homme comme les
autres, avec mes problèmes, mes emmerdes, mes amis et mes
amours. Je n'ai jamais été non plus du genre à étaler ma vie
ni dans les bouquins ni dans les interviews. Pour ma fille,
en revanche, c'était devenu une nécessité de le faire.
J'espère que - comme certains spécialistes le prétendent -
ce sera une thérapie, pour elle, d'en parler. Si cette
thérapie devait marcher et que ses fantômes s'effacent, ce
serait tant mieux ! Je n'ai pas lu le livre. Mais je sais de
quoi il en retourne. Je le prends comme un appel au
secours.»
Eddy Przybylski