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"En ce moment, je te maudis !"
Attaqué par sa fille, Michel Sardou s'est véritablement confessé sur le plateau de Fogiel.

La Dernière Heure : Mardi 18 janvier 2005.

Michel Sardou


PARIS
«Aux yeux de mon père, j'étais une erreur! C'est un homme qui souffle le chaud un jour mais, aujourd'hui, sans prévenir, c'est glacé. Ses réprimandes me déboussolent. Ses passages d'un excès d'amour à un excès de violence, c'est sa manière à lui de manipuler: un vieux truc de patron! Je ne dépends en rien de lui. Je paie mes factures et mon loyer. Je travaille. En cet instant, je le maudis!»

Ces lignes sont extraites d'un livre, (Appelez-moi Li Lou, aux éditions du Rocher) qui n'est pas encore dans le commerce, qui sortira en France ce jeudi et en Belgique quelques jours plus tard. Il est signé par Cynthia Sardou, 31 ans. La fille de Michel Sardou.

Où la jeune femme reproche au chanteur d'avoir été un père absent. En fait, il venait de quitter sa première épouse au moment de la naissance de Cynthia, leur deuxième fille. Qui fut donc élevée par un autre homme... violent («Ça, je l'ignorais!» explique Michel Sardou aujourd'hui).

En 1993, à 19 ans, Cynthia tenta de se suicider par overdose de médicaments. Mais l'épisode le plus douloureux de sa vie date de 1999 et n'a aucun rapport avec la personnalité de son père: elle a été la victime d'un viol collectif, commis par trois hommes qui se trouvent aujourd'hui en prison.

Dimanche soir, Michel Sardou était sur le plateau de On ne peut pas plaire à tout le monde. Il est venu afin, surtout, d'évoquer les passages les plus sulfureux de ce livre. «Ah non! Je ne suis absolument pas fâché!» a expliqué Michel Sardou. «Cynthia est une jeune femme malheureuse et je lui pardonne tout d'avance. Que je n'aie pas été un vrai père, c'est exact. Elle est venue au monde alors que je divorçais. J'ai payé son éducation, mais c'est sa mère qui l'a élevée. Ce qu'elle dit est vrai. Cela dit, je n'ai pas non plus été un père ni pour sa soeur ni pour ses frères. Et je n'ai pas envie d'entrer dans une polémique avec ma fille. Je pense sincèrement qu'elle a dit, en toute honnêteté, ce qu'elle a compris du monde qui l'entoure. Je pourrais dire que sur tel ou tel détail, elle fait erreur. Mais elle a subi la pire des épreuves qu'une femme puisse affronter: subir un viol collectif. A partir de là, tout son point de vue sur ce monde qui l'entoure a été altéré. Quand ça s'est produit, j'étais sur scène, dans une pièce de théâtre, avec Marie-Anne Chazel, et j'ai réagi comme je pensais qu'il fallait le faire. Mais personne ne sait comment réagir à ça: on a toujours l'impression que ces choses-là n'arrivent pas, ou alors aux autres. Aujourd'hui, ma fille crache sa douleur et je dis qu'elle a raison sur tout. Ce n'est pas moi qui vais la juger! Je n'ai jamais été un ogre ou un monstre. Simplement, un homme comme les autres, avec mes problèmes, mes emmerdes, mes amis et mes amours. Je n'ai jamais été non plus du genre à étaler ma vie ni dans les bouquins ni dans les interviews. Pour ma fille, en revanche, c'était devenu une nécessité de le faire. J'espère que - comme certains spécialistes le prétendent - ce sera une thérapie, pour elle, d'en parler. Si cette thérapie devait marcher et que ses fantômes s'effacent, ce serait tant mieux ! Je n'ai pas lu le livre. Mais je sais de quoi il en retourne. Je le prends comme un appel au secours.»

Eddy Przybylski


Site de La Dernière Heure : http://www.dhnet.be/